Chronik von Bruder Guy Musy der Gemeinschaft in Genf

Offenes Buch!

Une correspondance avec la Vierge

  • Fr. Guy

Quand une dominicaine redonne à Marie la parole de nos vies blessées

A Marie — Lettres. Anne Lécu. Éditions du Cerf, 2020, 177 pages.

Quel chrétien ou chrétienne francophone de notre temps n’a pas entendu parler de cette épistolière ? Ce n’est pas Mme de Grignan écrivant à sa mère, Madame de Sévigné, mais une religieuse dominicaine entretenant une correspondance avec la mère de Jésus. Marie est aussi sa mère.

Docteur en théologie et en médecine, exerçant un ministère en milieu carcéral, sœur Anne Lécu est compétente sur ce thème. Je cite cette phrase qui introduit ses Lettres :

« Les nouvelles du monde font écho aux plus grandes grâces et aux plus sourdes peines qu’a connues celle qui a donné chair au Verbe. L’énigme de l’iniquité s’évanouit devant le mystère de l’Incarnation. Et l’infidélité devant la merveille. C’est toute l’humanité que la Vierge embrasse et étreint. »

Les premières pages m’ont convaincu. L’auteure ne s’attarde pas sur les apocryphes anciens ou modernes. Elle préfère suivre l’enfant puis la jeune Marie en suivant les récits canoniques.

Je présente ce livre au cours du mois d’octobre consacré au Rosaire. Une publication qui fait date et que je me propose de lire avec une certaine appréhension. Les succès littéraires d’Anne Lécu la situent parmi « les voix les plus remarquables et les plus écoutées de la spiritualité au féminin ». Et je ne suis qu’un homme démuni de tant de grâces et de talents !

Je viens de lire les trente premières pages de ce livre. Elles confirment les appréciations qui précèdent. Sans céder à l’historico-critique ni à une lecture littéraliste et fondamentaliste du récit de l’Annonciation, Anne Lécu l’interprète spirituellement et nous interpelle à travers ses Lettres adressées à Marie. En fait, ce sont aussi les événements et les sentiments qui nous traversent qui sont l’objet de son analyse.

Un exemple : écrivant à Marie, Anne Lécu, aumônière de prison, lui recommande une détenue qui doit accoucher seule dans une maternité improvisée et inappropriée. Marie a connu ce genre de situation.

Surtout, Marie revit à sa manière l’histoire de son peuple. Sœur Anne ne peut la détacher ni la dissocier de toutes les matriarches du Premier Testament dont elle porte la marque. Ce livre est incompréhensible sans cette référence fondamentale au Premier Testament, mille fois cité dans ses pages.

J’ajoute aussi que les traductions du texte hébraïque sont originales. Avant de proposer la sienne, l’auteure en a lu et relu plusieurs autres provenant de diverses cultures.

Anne lit aussi les protévangiles de Luc et de Matthieu comme une liturgie — celle des sept grandes antiennes grégoriennes qui flamboient dans la nuit de la dernière semaine d’Avent. L’auteure les commente et les actualise. Une promesse pour nos générations, bien au-delà de celle de Marie. Autant de situations et de prières qui nous concernent tous et toutes.

La lettre datée du 24 décembre aurait dû m’enthousiasmer. Trop habitué à la liturgie et aux textes de Noël, je ne saisis que la présence des anges chantant une paix joyeuse, mais très éloignée de nous. Face à ma consternation, on me conseille de poursuivre la lecture du livre et de chanter une paix improbable, même si ma voix est éraillée et mon cœur fatigué d’attendre. Je m’interroge : quel ange veille sur moi avec tonus ? Et de quel malheureux suis-je moi-même l’ange annonciateur de paix ?

Le prologue de Jean inspire à l’auteure une très belle formule : « Dieu choisit de se vider de lui-même et d’abriter sa Parole dans la vie des hommes. » Un chemin très risqué. Aucune existence humaine, même la plus délabrée, n’est indigne de l’abriter.

J’achève la lecture de la première moitié de ce livre, sans savoir si la seconde suivra. Une évidence se dégage : chaque réflexion d’Anne est finalement un appel au secours adressé à Marie, l’invitant à faire naître son Fils au milieu de nos misères. Ces Lettres se transforment en traité sur la prière. Un nouveau chapitre à explorer. Pour en parler, l’auteure suit le fil rouge des évangiles quand Marie entre en scène. Les épisodes se suivent sans pourtant s’enchevêtrer.

Après la fête de Noël, voici donc celle de la Présentation. Ici, la prière est simple : Anne Lécu supplie Marie et Joseph de nous présenter à Dieu.

De même, le massacre des enfants innocents, qui se vit encore aujourd’hui, lui arrache des cris d’horreur et d’amertume. Anne Lécu évoque la souffrance des mères et la cruauté des bourreaux. Le glaive qui traverse le cœur de Marie blesse aussi le cœur de Dieu. Celui ou celle qui sauve un seul enfant les sauve tous. Le fils d’Abraham est aussi le fils d’Adam, selon la généalogie du Christ rapportée par Luc. Tous les enfants du monde sont donc les petits frères de Jésus, spécialement les plus souffrants. La douleur de leurs mères est celle de toutes les mères, à commencer par celle de Marie.

De retour à Nazareth, le jeune Jésus fréquente la synagogue pour apprendre à lire les Écritures et même à prier son Père céleste. Marie doit l’aider dans ses élévations spirituelles. Mystère de l’Incarnation.

Le recouvrement de Jésus au Temple nous indique que nous devons être toujours à la recherche de Jésus, et que c’est lui qui pose les questions. Sa jeunesse à Nazareth, avant son départ en mission, sera l’amitié des hommes, l’affection des siens et la prière au Père. Puisse-t-il nous glisser dans ce souffle !

Le livre d’Anne Lécu a aussi un relent autobiographique. Elle ne saurait le démentir. Elle parle tellement de cet enfant pressé contre le sein de Marie comme si c’était le sien. Elle donne l’impression de regretter de n’avoir pas eu de nourrissons bien à elle, pressés contre son sein. Ce qu’elle dit de la fête du 2 février, vouée aux consacrés religieux ou religieuses, pourrait nous le faire comprendre. Anne n’aime pas cette application. Seul le baptême fait de nous des consacrés, d’autres Christ. Je partage cet avis.

Sans insister, l’auteure passe à Cana. La véritable consécration, c’est ce que Marie fait à Cana : elle présente son Fils et lui enjoint d’agir. Un exemple à suivre par ceux et celles qui se disent « consacrés ».

Les pages qui suivent, sans faire une allusion directe à Marie, ne sont pas toujours faciles à interpréter. Notre auteure s’y risque avec l’aide de Marie. Tout lecteur peut s’y référer, même si le nom de Marie ne figure pas dans le passage biblique cité et commenté. Notre actualité figure toutefois en toutes lettres : nos divisions familiales ou ecclésiales et même l’épidémie de COVID, un fléau où Marie est invitée à intervenir. Évidemment, Anne est la première concernée par ce qu’elle écrit : « Marie, aide-moi à entrer dans l’école de la prière de ton Fils et à y demeurer. »

Puis le Jeudi saint. Anne imagine Marie à Jérusalem, pèlerine pascale, comme si elle avait pressenti le drame qui s’annonçait et la douleur qui allait traverser le cœur du Fils et celui de la mère. Anne, revenant sur son expérience, se demande aussi pourquoi certains peuvent passer ce cap alors que d’autres s’effondrent. Avec bonheur, je retrouve notre auteure dominicaine se souvenant de la lecture liturgique du dernier discours de Jésus après avoir communié à son corps et à son sang.

Puis vint le Vendredi sanglant. La Mère des douleurs est debout au pied de la croix. Le Père a tout remis entre les mains du Fils. Et le Fils nous le remet entre nos mains. Marie demeure au cœur de ce mystère, toute ramassée dans son silence. Et nous qui sommes là, nous pouvons entrer dans son silence.

On aurait attendu que le Ressuscité rencontre sa mère. Respectueuse des évangiles, Anne Lécu n’en parle pas, mais envisage un dialogue entre la Marie de Nazareth et celle de Magdala dont les yeux ont pris leur temps pour distinguer Jésus du jardinier. Une amitié naît entre les deux femmes. Avec l’écrivaine, elles seront trois à la partager. Cependant, Anne avoue que le temps pascal lui est difficile à vivre. Elle mesure l’écart entre ce qui est célébré — la victoire sur la mort — et la réalité de la vie des hommes de ce temps. Encore un point où nous nous rejoignons parfaitement, elle et moi.

Les dernières pages du livre évoquent la femme enceinte dont parle l’Apocalypse. Qui est-elle ? Peu importe son nom : Israël ? L’humanité ? Toutes les mères et toutes les femmes ? Ou tout simplement Marie ? L’essentiel est que ces versets sont porteurs d’espérance. Ni le Dragon ni la mort n’auront le dernier mot. Ce privilège est réservé à la Vie et à la Résurrection. D’ici là, le désert — lieu de refuge, d’inconfort et de souffrance pour la femme — demeure. Y compris pour Sœur Anne et pour moi. Mais ce mal-être débouche sur la terre promise : partager un jour la gloire de Marie après avoir bénéficié de sa discrète présence à nos côtés, tous les bons et mauvais jours de notre vie.

Image faite par Grok, développée par xAI
Oops, an error occurred! Request: 3e6756517d069