Le Très-Bas et le Très-Haut
- Fr. Guy
Après l’avoir abandonnée, je reprends l’audition de Prier 15 jours avec Christian Bobin.
Le débit et le ton de la lectrice auraient pu me décourager. Mais la lecture n’est pas si longue, et j’associe ma découverte de Bobin à un beau moment de ma vie : un séjour à l’abbaye de Sept-Fonds en compagnie d’un ami. Nous étions l’un et l’autre passionnés par le Père Jérôme, un moine fribourgeois qui vécut et mourut en ce lieu. Je crois avoir fait allusion à ce religieux et à ses œuvres dans une chronique de Sources. À quelle date ? Qui cherche trouve…
Je me procure plusieurs fascicules de Bobin à la librairie du monastère. Leur auteur se définit d’abord comme un poète local. Sa région est celle du Creusot, dont il connaît toutes les beautés naturelles. Il sera consacré poète spirituel après la publication, chez Gallimard, de son best-seller sur François d’Assise intitulé Le Très-Bas. Un succès populaire qui franchira les limites du Creusot.
J’ai lu autrefois ce livre si proche de celui d’Élie Leclerc, qui traite de la notion de joie parfaite chez François d’Assise. J’ai compris que Dieu était en réalité le « très-bas », et que nous n’avions qu’à imiter son Fils incarné dans notre chair pour connaître en vérité et le Père et le Fils, sous l’inspiration du même Esprit.
J’avoue avoir été davantage conquis par le livre de Leclerc que par les poèmes de Bobin, pourtant très simples dans leur forme et leur contenu. J’arrive maintenant au terme de l’audition de la cassette qui m’encourageait à prier quinze jours avec lui. Un des derniers jours contenait une réflexion sur Dieu et Jésus-Christ.
Je suis resté sur ma faim. Sans doute ne suis-je pas assez simple pour saisir ce qui est simple, trop bavard pour aimer le silence et découvrir en lui son secret. Bref, je ne suis pas un poète.
Je découvre aujourd’hui, dans la pile de mes livres, l’opuscule de Bobin intitulé L’Homme qui marche. Je ressens comme une envie de lire ou de relire ces quelques pages : une façon élégante de dire au revoir — ou adieu — à l’auteur.
Mon enthousiasme a duré jusqu’à la dernière page non comprise. L’auteur fait un commentaire raccourci, admirable, des paroles de Jésus telles que les quatre évangélistes les relatent soixante ans après qu’il les prononça. Elles restent actuelles.
Selon Bobin, la rupture apparaît quand les évangélistes parlent de résurrection : langage inaudible et même dément, selon lui. À moins de croire, comme ceux qui emboîtent le pas de l’homme qui marche, que l’on peut demeurer éternellement à vif dans la clarté d’un mot d’amour, sans perdre souffle.
C’est son choix. Pas le mien.
Je ne choisis pas les textes qui me conviennent, mais tout l’Évangile.
L’auteur finit par convenir : « Que valent d’autres paroles, toutes les paroles échangées depuis la nuit des temps ? Comment croire et ne pas croire ? Peut-être n’avons-nous jamais eu le choix qu’entre une parole folle et une parole vaine ? »
Ce qu’il écrit sur Jésus n’est pas vain. Ce que ses évangélistes disent de sa résurrection n’est pas vain non plus.