Chronik von Bruder Guy Musy der Gemeinschaft in Genf

Offenes Buch!

Les deux Maries

  • Fr. Guy

Une nouvelle lecture théologique

Anne Soupa, Sylvaine Landrivon. Marie telle que vous ne l’avez jamais vue. Éditions Salvator 2024, 213 pages.

Ce livre ne laissera pas indifférents de nombreux lecteurs catholiques, pratiquants ou pas. S’ils ont le courage ou la curiosité de le lire jusqu’à sa dernière ligne.

Anne Soupa est bien connue du lectorat de notre blog. Non seulement pour ses prises de position féministes, mais aussi pour son profond regard spirituel porté sur les évangiles et notre vie.

La co-autrice du livre, Sylvaine Landrivon, se fait découvrir sur ce site. Pourquoi ne pas faire confiance à cette femme théologienne ? De nos jours les femmes se bousculent sur le parvis de la théologie. Une nouveauté qui pourrait expliquer le choix de la thématique particulière de nos deux théologiennes : déconstruire et reconstruire l’image ou la figure de Marie dans l’Église catholique.

Non plus la femme obéissante qui répare la désobéissance d’Ève, son aïeule, mais une nouvelle Marie, «à la fois mère du Fils de Dieu et mère de Jésus, qui nous invite vraiment à la suivre sur les chemins qui nous conduisent à son Fils».

En fait, les auteures s’en prennent à la récupération dite « politique » du oui docile de Marie qui a fait d’elle le modèle habituel des femmes soumises à l’emprise masculine. Anne et Sylvaine s’en prennent aussi à son image (pieuse !) de mère tendre et compatissante que l’on invoque dans des situations difficiles ou désespérées, semblables à celles que Marie dut endurer et supporter un jour : mère des douleurs qui reçoit dans ses bras le corps mort de son enfant, pauvre femme qui enfante sur la paille, réfugiée en Égypte, etc.

Plus grave, me semble-t-il. Nos deux auteures font reproche au clergé catholique célibataire de considérer Marie comme l’unique femme présente dans leur vie, comme si celle qui les avait mis au monde n’avait jamais existé.

Avant de parler de la reconstruction mariale à laquelle procèdent nos deux auteures, on me permettra de me distancier d’un de leurs jugements. Ma dévotion à Marie est fondée surtout sur des bases liturgiques et bibliques. Elle n’a pas du tout effacé Rosa, la femme qui m’a mis au monde et qui a veillé sur moi. Une photo de mon couple parental est épinglée au-dessus de mon lit. Il m’arrive même de parler à ma mère décédée, comme elle le faisait de son vivant avec mon père défunt. Mon célibat religieux me prive d’enfants, mais pas d’amitiés féminines. L’acte conjugal ne conditionne pas leur présence à mes côtés.

L’histoire de l’Église — et dominicaine — fourmille de récits d’amitiés entre clercs et femmes, religieuses ou non.

Je suis quant à moi ravi d’avoir découvert au Vallon quelques femmes, actives dans divers services et que je ressens proches de moi. Entre elles et moi une amitié qui ne dit pas son nom, riche de confidences, d’écoute et d’attention. Parfois même, de pieuses demandes d’intervention adressées au prêtre que je suis.

J’ajoute à ce lot d’amies bienveillantes toutes celles qui m’aident efficacement au rythme de leur disponibilité. Les visites répétées me font vivre et soutiennent mon espérance.

Inutile de citer leur nom ; elles savent de qui je parle.

Je me permets une autre remarque. Je décèle chez nos auteures une ombre de mépris pour la religion populaire catholique trop axée, selon elles, sur la dévotion à Marie. Non qu’il s’agisse de mariolâtrie, mais d’une pratique importante et envahissante qui relèguerait dans l’ombre Dieu et son Fils, jugés inaccessibles, colériques ou même vengeurs. La menace de l’enfer serait au bout de ce chemin.

Il est vrai que le culte et la culture catholiques ont généralisé la dévotion à la mère serrant l’enfant contre son cœur ou le portant dans ses bras. Pas une église qui ne soit dépourvue de cette image. L’explication est limpide. Quand le Père se fâche, la douce Marie intervient et plaide la clémence et l’indulgence. D’où la vague de ses apparitions, la plupart à des enfants pauvres, symboles de tous les malheurs qui frappent l’humanité. Ces apparitions mariales qui attirent les foules ne sont guère appréciées par nos écrivaines. Pourtant, elles sont des signaux d’alarme. Elles répercutent le cri de notre humanité de plus en plus inhumaine.

Le culte populaire de Marie n’est donc ni négligeable ni méprisable. Le spectacle douloureux que nous offrent Lourdes ou Fatima n’est pas qu’un appel à Notre-Dame du Perpétuel Secours. Il devrait mobiliser les bien-portants que nous sommes encore à venir au secours des malheureux. J’y songe au milieu de la nuit quand KTO nous transmet en direct le Rosaire prié ou chuchoté par des voix fermes ou chevrotantes depuis la grotte de Lourdes. Ces pèlerins malades et handicapés ne devraient pas laisser les bien-portants indifférents. Nous sommes tous sur le même esquif. Avec Jésus comme pilote et Marie comme sœur.

En conclusion de leur livre, les deux auteures réaffirment leurs convictions : Marie n’est pas une potiche qui se soumet à l’ange, ni une oie blanche qui se réfugie dans le silence. Elle parle librement et intervient avec fermeté. Elle n’est pas le modèle de la mère souffrante. Jamais dans les évangiles on la voit pleurer, même si son Fils est victime d’une odieuse injustice.

Marie n’est pas « la Sainte Vierge ». Ce terme, comme celui de puceau pour identifier un homme de sexe masculin, est indécent. À moins de le comprendre autrement.

Selon les Écritures, la virginité de Marie dit son attente de Dieu. Marie célèbre ses noces lors de la naissance de l’enfant-Messie. Ce qu’il convient d’appeler « la conception virginale de Jésus ». Cette expression dit la puissance de Dieu et la disponibilité de Marie à l’accueil de sa Parole. Elle met l’accent sur Jésus, non sur l’état physique de sa mère. Cette virginité peut être comprise d’une façon symbolique ou littérale. La virginité physique n’est donc pas un modèle ou un idéal. On ne peut donc lier ce constat gynécologique à la connaissance de Dieu. C’est même une faute, écrivent nos auteures, commise pendant des siècles par notre Église.

Sans doute, beaucoup de lecteurs estimeront que ces déclarations sont impies et profanatoires. Je pense plutôt qu’elles méritent d’être approfondies et sérieusement discutées avant qu’on ne les jette à la poubelle.

Par contre, je ne suis pas d’avis de faire de Marie une féministe avant l’heure. Nos auteures qui partagent ce courant ne manquent pas de courage. Mais elles risquent de commettre elles-mêmes ce qu’elles reprochent à d’autres : récupérer la figure de Marie pour défendre leur cause. Cette alliance anachronique serait de fort mauvais aloi.

Plutôt qu’entrer en débat, je préfère reproduire en finale les toutes dernières lignes de l’ouvrage. Je m’y retrouve assez bien : « À l’heure où le patriarcat catholique est contesté et la fraternité évangélique redécouverte, il est utile de rappeler que Marie était une sœur. Une sœur ? Cela semble si neuf dans le monde catholique ! Et pourtant ! Quelle fraîcheur, quelle nouveauté, quelle richesse, quel avenir ! ».

Cette image a été créée avec l'aide de DALL·E.
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