Chronik von Bruder Guy Musy der Gemeinschaft in Genf

Offenes Buch!

L’Apocalypse ne fait pas peur

  • Fr. Guy

Au sujet d'une interview du frère Pierre de Marolles

Frère Pierre de Marolles : Lire l’Apocalypse sans peur.

Interview du frère Pierre de Marolles par le frère Erik Ross, Prêcheurs, novembre 2025.

Le maigre effectif de notre couvent de Genève se réduit encore. Trois frères assignés à cette communauté rejoignent l’École biblique et archéologique de Jérusalem et le couvent Saint-Étienne, qui abrite les frères dominicains présents dans cette institution.

À titres divers, il est vrai. L’un des trois partants devient prieur institué du couvent Saint-Étienne. Le second y réside comme étudiant-chercheur et le troisième pour mettre un point final à sa thèse de doctorat en science biblique.

Après avoir partagé la vie commune du couvent de Genève, il a fallu que le frère Erik rejoigne Pierre à Jérusalem, son ancien prieur de Genève, pour rédiger cet entretien sur l’Apocalypse. Notons qu’Erik est aussi responsable de la rubrique intellectuelle de Prêcheurs, le magazine de la Province dominicaine de France dont font partie désormais nos trois couvents dominicains suisses. Une procédure un peu étrange dont l’objet est la thèse du frère Pierre de Marolles que je présente dans les lignes qui suivent.

Bien sûr, j’ai lu et relu le dernier livre de la Bible. Mais jamais avec la peur au ventre. J’avoue n’avoir pas compris tout le sens et la portée des symboles que ce Livre accumule. Je le considère pourtant comme un livre d’espérance, écrit par un certain Jean, réfugié chrétien sur l’île de Patmos, qui s’adresse à ses coreligionnaires persécutés sur le continent.

J’ai eu la chance de visiter les huit Églises dont il est question dans les premières pages de ce Livre. Ces communautés furent peut-être les premières destinataires de l’Apocalypse. Le message qui les concerne est clair. Ce sont des encouragements ou des monitions. Surtout, un appel à la fidélité. Quoi qu’il arrive, Dieu, à travers Jésus, aura le dernier mot. Le vieux monde s’en va. Il sera remplacé par une nouveauté inouïe : des cieux nouveaux et une terre nouvelle. Pourquoi donc la lecture de ce Livre nous ferait-elle peur ? En aucune façon.

Pour en être certain, recourons aux réponses de Pierre contenues dans cet entretien.

Le frère Pierre est né à Versailles et a passé avec sa famille une partie de sa vie à Zurich. D’abord étudiant en mathématiques, puis dominicain à Fribourg, Louvain-la-Neuve et Genève.

Pierre avoue avoir été depuis longtemps intrigué par l’Apocalypse, un texte à la fois célèbre et profondément méconnu. Ce Livre fascine, mais souvent pour de mauvaises raisons. Pierre voudrait réhabiliter l’Apocalypse, sa puissance théologique et artistique. Ce Livre peut aussi fortifier la foi de ses lecteurs.

Mais pourquoi en faire l’objet d’une thèse ? La rencontre de Régis Burnet, spécialiste de l’histoire de la réception des textes bibliques, fut décisive. Régis fut à Louvain directeur de la thèse de Pierre. Puis s’ajouta une autre tutelle, celle de Mme Anne-Catherine Baudouin, professeure à l’Université de Genève. Avec Pierre, ces trois biblistes ont choisi le sujet de la thèse : comment l’Apocalypse a été interprétée à travers les siècles ?

Pierre choisit parmi tant d’autres trois commentaires qui vont faire l’objet de sa recherche : celui de Victorin de Poetovio, un évêque du troisième siècle, celui de Joachim de Flore, un abbé calabrais du douzième siècle, et celui d’Heinrich Bullinger, théologien protestant à Zurich au seizième siècle. Trois époques, trois mondes intellectuels, trois manières différentes d’interpréter le même texte.

L’histoire de la réception d’un texte biblique montre comment la Parole a continué de résonner dans l’histoire. Pierre reprend un mot de Paul Ricœur : « C’est quand il est achevé qu’un texte commence à vivre ». Une vie particulièrement mouvementée pour l’Apocalypse.

Pierre en convient, puisque de nombreux commentateurs inspirés par le protestantisme évangélique n’ont vu dans cet écrit qu’un scénario catastrophique de fin du monde, alors qu’il est une vision de la joie céleste. L’histoire de son interprétation nous apprend à nous libérer de nos peurs et de nos préjugés.

Trois commentaires dont nous avons déjà parlé ont retenu l’attention de Pierre. Le plus ancien, celui de Victorin, insiste sur les interférences entre les deux Testaments. Le second, de Joachim de Flore, parle déjà de notre conception moderne de divers âges du monde. Le commentaire de Bullinger, écrit dans les turbulences de la Réforme, présente l’Apocalypse comme un livre de consolation pour ceux et celles qui sont persécutés pour leur foi.

Il faut donc relire l’Apocalypse comme une bonne nouvelle. Pierre en convient. Mais il peut exister d’autres interprétations que la sienne. La Bible n’est pas un code à décrypter une fois pour toutes, mais une source inépuisable d’inspiration. Au regard de leur longue histoire, les textes bibliques les plus dérangeants peuvent devenir des lieux de révélation et de fécondité pour les croyants. Encore faut-il oser les lire !

(Cette présentation reprend en grande partie la texture de l’entretien. Merci à Pierre et à Erik.)

Les quatre cavaliers de l'Apocalypse, Viktor Vasnetsov, 1887. Domaine public.
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