La mémoire — Qu’est-ce que ça change ?
- Fr. Guy
La mémoire — Qu’est-ce que ça change ? Étienne Barilier. Éd. Labor et Fides, 2025, 87 pages.
Je ne connais pas autrement l’écrivain et essayiste Étienne Barilier, si ce n’est qu’il rédige occasionnellement le « Trait Libre » de l’Echo Magazine, comme je l’ai fait moi-même des années durant.
Le fascicule de Barilier sur la mémoire m’interroge. Du fait de mon âge, bien sûr, qui s’accompagne de la recherche de mots oubliés et surtout de souvenirs qui sont davantage qu’une photo sans âme reproduisant techniquement le passé.
La mémoire recompose mon passé en l’adaptant à ma sensibilité actuelle. Elle sélectionne et modifie avec astuce ce que je croyais être mon passé. Ses choix ne sont donc pas innocents. L’auteur confirme cette perception en citant plusieurs poètes qui lui sont chers.
La mémoire de faits collectifs, et non plus individuels, agit différemment. Les historiens sérieux confirment, face aux négateurs, la réalité des faits, comme l’existence de la Shoah, et condamnent les fables des révisionnistes. Mais là encore, le concours des poètes s’avère nécessaire pour que ces faits ne soient point de simples reportages, mais une réalité vivante, ressentie par un individu ou un groupe social disposés à en tirer les conséquences pour sa propre survie. Ainsi le fameux slogan : « Plus jamais la guerre ! ». Il ne suffit pas de connaître les effets destructeurs d’une bombe atomique. Pour s’en souvenir, il faut encore en éprouver un sentiment de dégoût et de répulsion.
La mémoire tient compte d’une compréhension particulière du temps qui, pendant des siècles, fut compris comme circulaire avant de devenir linéaire avec l’avènement du christianisme.
Sans revenir à la conception ancienne de l’éternel retour des saisons et des événements, on ne peut dire que le progrès moral de l’humanité dépende de l’écoulement progressif du temps. Demain ne sera pas meilleur qu’aujourd’hui. L’actualité politique le prouve abondamment.
Mais rien n’est définitivement perdu. L’auteur appelle « culture » la mémoire individuelle soucieuse de la collectivité. La culture entretient en nous le souvenir de ce que l’humanité a pensé et créé de meilleur. La culture est une fraternisation avec le passé, une écoute attentive et aimante du passé, mais aussi de ce monde qui nous entoure. Ce monde tient sa richesse et son épaisseur d’avoir existé avant nous, hors de nous, dans l’espace et surtout dans le temps. La culture n’est rien d’autre que la conscience de cette réalité. Elle donne un sens à notre vie.
« La mémoire cultivée peut aiguiser notre conscience de l’erreur et du mensonge. »
Le lecteur éventuel de cet ouvrage sera convaincu des connaissances et de l’intelligence de notre auteur. Sera-t-il pour autant convaincu de la pertinence de ses propos sur la mémoire ? Sans le préciser chaque fois, je l’ai cité librement. Son discours me plaît et me réconforte. Je souhaite, chères amies et amis, qu’il en soit de même pour vous.