Chronik von Bruder Guy Musy der Gemeinschaft in Genf

Offenes Buch!

Idiss

  • Fr. Guy

Mémoire familiale et identité juive en France

Idiss. Robert Badinter. Fayard 2018, 227 pages.

Robert Badinter (1928-2024) fut en France ministre de la justice sous la présidence de François Mitterrand, avant de présider le Conseil constitutionnel et d’être élu sénateur. La France, mère des droits humains, lui doit l’abolition de la peine de mort.

Son livre Idiss est un hommage à sa grand-mère maternelle, née en Bessarabie russe dans le Yidishland de l’Europe orientale, région où surabondaient les ghettos juifs. Mes deux sœurs ont lu et même dévoré ce livre et m’encouragent à en faire autant. Mais rien ne vaut la préface de l’auteur :

« J’ai écrit ce livre en hommage à ma grand-mère maternelle, Idiss. Cet ouvrage ne prétend être ni une biographie, ni une étude de la condition des juifs immigrés de l’Empire russe venus à Paris avant 1914. Il est simplement le récit d’une destinée singulière à laquelle j’ai souvent rêvé. Puisse-t-il être aussi, au-delà du temps écoulé, un témoignage d’amour de son petit-fils. »

Badinter est trop modeste. Bien sûr, son livre n’est pas autobiographique. L’auteur ne nous apprend pas comment il a traversé vivant l’horreur nazie, alors que ses proches ne sont pas revenus des camps d’extermination. Il prétend ne pas analyser les conditions des immigrés de l’Empire russe, alors que sa grand-mère les représente et les focalise tous. Idiss, pourtant morte dans son lit parisien, lui sert d’exemple.

Ce genre littéraire n’empêche nullement l’expression de sentiments d’affection qui lient le groupe familial décrit dans ce récit. Les repérer fut pour moi une heureuse et bienfaisante découverte qui confirme mes réflexions. L’immigré n’est pas un solitaire. Il ne survit que grâce à l’affection des siens. Je rends grâce à Badinter de nous l’avoir rappelé. Il ne saurait nous tromper sur ce point. Son témoignage personnel est vérifié par mon expérience d’émigré au Foyer du Vallon. Raison supplémentaire de ne pas abandonner ce livre avant d’en avoir lu sa dernière ligne. Voilà qui est fait et, je l’espère, bien fait.

J’apprends aussi en lisant ce livre que la France est le pays de rêve de ceux qui désiraient fuir l’antisémitisme des pays slaves. Arrivés sur les bords de la Seine, les rescapés des pogroms font tout pour s’y intégrer. Ils s’inscrivent dans des écoles laïques, prennent des noms à résonance française, s’engagent dans l’armée et veulent paraître comme des Français ordinaires. Ils déploient une énergie incroyable pour parvenir à leurs fins, sans recourir à l’assistance publique. C’est pourquoi Badinter affirme que l’antisémitisme n’est pas répandu comme ailleurs dans les couches populaires françaises qui sont respectueuses des valeurs d’égalité, de fraternité et de liberté de la République. Aucun de ces nouveaux Français n’est sioniste. Leur patrie, c’est la France. Même s’ils l’affirment avec un léger accent yiddish qui a quelque peine à disparaître.

Sur le plan religieux, ces immigrés demeurent juifs, mais ne pratiquent guère leur religion, hormis les rassemblements du Kippour, les mariages, les ensevelissements ou la bar-mitsva. Pas très différents en cela de leurs homologues catholiques de ce temps-là, qui se contentaient d’être agnostiques et d’une pratique religieuse saisonnière.

On comprend dès lors l’immense désarroi que provoqua chez ces immigrés la débâcle de 1940, entraînant la chute de la République en qui ils avaient mis leur foi. Le pire fut la trahison du régime de Vichy aux ordres d’Hitler, qui s’affichait officiellement antisémite et meurtrier.

La grand-mère Idiss, qui avait accompagné en France l’exode de sa famille, pressentait ce douloureux cataclysme. Sans pouvoir en parler ouvertement, il ne lui restait que son affection, ses larmes et son amour pour les siens. Cette croyante savait qu’elle ne les reverrait plus sur cette terre. Mais l’Éternel ne pouvait ni ne devait disparaître au cœur de cette tragédie.

Je termine ici la présentation du livre de Robert Badinter. L’auteur est ému et son livre émouvant. Il rend hommage à cette femme si digne et aimée de tous.

Il fait allusion à un passé pas trop lointain. Je lis dans ce qu’il écrit l’actualité de mon époque. Les réfugiés se bousculent. Ils sont plus ou moins bien ou mal accueillis. L’antisémitisme a changé de cible et il arrive aux descendants des martyrs d’hier de devenir les bourreaux de victimes innocentes d’aujourd’hui. Bref, en peu d’années le décor a changé. Mais le cœur est plus lent.

Cette image a été créée avec l'aide de DALL·E.
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