Dieu, Médecin de notre humanité
- Fr. Guy
Au bon plaisir de Dieu. L’Évangile du bien-être. Sylvain Detoc. Éditions du Cerf 2025, 212 pages.
Un nouveau livre du frère Sylvain Detoc, théologien et patrologue, professeur à l’Institut catholique de Toulouse et à l’Université Angelicum de Rome. Nous avions déjà présenté son livre : La gloire des bons-à-rien. Voici quelques réflexions suscitées par sa dernière production sur la nécessité de notre bien-être et de notre bonne forme.
Contrairement à ce que prétendent les ascètes, même chrétiens, Dieu veut que nous soyons en bonne forme, de corps et d’esprit. Il est lui-même l’Être et le Bien. Donc, le bien-être. Le déploiement de la vie divine en nous ne signifie donc pas le lessivage de notre chair.
Le comportement de Jésus est conforme à ce principe. Ignace d’Antioche le comparait à un bon médecin. Plus tard, on verra en lui le reflet du bon Samaritain dont il raconte en détail, dans une célèbre parabole, toutes les interventions sociales et sanitaires dont bénéficiera le malheureux rencontré à demi-mort au bord d’un chemin. La prière et les bonnes paroles ne suffisent pas. Le corps lui-même doit être pris en charge.
Notre frère Sylvain se plaît à répéter le fameux adage thomiste : « La grâce ne supprime pas la nature ». Si la Parole s’est faite chair, c’est bien pour associer la chair et l’esprit. Un couple qui peut être perturbé mais jamais totalement séparé. Ce que prouve notre foi en la résurrection et les signes ou éléments sacramentels : l’eau qui lave, fait naître la vie et l’entretient ; l’huile qui adoucit les blessures et les brûlures et même les guérit ; le pain et le vin qui nourrissent ; les mots de réconfort et de pardon qui chassent l’angoisse et l’insomnie. L’auteur cite à ce propos un médecin devenu prêtre qui résume ainsi l’enjeu de ce processus :
« Les sacrements, c’est le Seigneur qui parle à mon corps quand ma tête est malade. »
Le docteur Jésus n’est pas qu’un généraliste. À lire les Évangiles, la clinique du bon Dieu diversifie son offre de soins. En bénéficient les aveugles et malvoyants, mais aussi les sourds et malentendants, les muets et les paralytiques, les épileptiques et les malades psychiques qu’on désignait sous le nom de « possédés » en ce temps.
Un petit tour dans les divers services de cette impressionnante clinique confirme une parole de François de Sales : « Dieu prend soin de nous. » Il n’abandonne pas son Fils criant vers lui du haut de sa croix. Il envoie son Esprit pour réanimer sa chair crucifiée. Jésus ressuscité reprend ce programme et l’applique à chacun d’entre nous, à qui il arrive d’être victime de souffrances corporelles ou psychiques. Dieu nous aime vivants, plutôt que déprimés ou défigurés par la maladie ou autres malheurs. Il nous a créés à son image et à sa ressemblance. Donc, en forme éblouissante du fait de sa nature de « bon Dieu » et de sa bienfaisance. Un comportement révélé par l’Écriture l’atteste. Simplement, Dieu nous veut heureux. Tel est son secret et son désir.
En conclusion de son livre, l’auteur nous conte une anecdote qui en donne tout le sens. C’est la prière du soir d’une petite fille : « Merci, mon Dieu, pour la belle journée d’aujourd’hui. » Quelle ne fut pas sa surprise quand un jour elle entendit Dieu lui répondre : « Avec plaisir ! »
Le bon plaisir de Dieu n’est pas une formule aristocratique ou princière qui exigeait qu’on obéisse aux ordres du souverain tels qu’il les avait formulés. Non ! Il s’agit plutôt de la bienveillance de Dieu ou de son bon vouloir, qui veut notre bien-être par excellence : l’union de tout notre être à sa vie éternelle et bienheureuse. Voilà ce qui lui plaît au plus haut point.
Le frère Sylvain fait bien de rappeler dans ses dernières lignes que les papes de notre temps ont insisté sur l’amour inconditionnel de Dieu à notre égard. Contrairement à nos habitudes, Dieu ne pose pas de conditions pour nous aimer. Le pape Léon parle à ce sujet de révolution de l’amour. Dans nos détresses, notre corps et notre esprit sont touchés par la tendresse de Dieu, notre Père.
Puissent ces derniers mots nous accompagner dans toutes les situations de notre vie. Nous sommes aimés depuis toujours et nous le serons encore. C’est l’Évangile du bien-être.