Chronik von Bruder Guy Musy der Gemeinschaft in Genf

Offenes Buch!

Changer de regards en AOT (Atelier Œcuménique de Théologie)

  • Fr. Guy

Cinquante ans d’histoire, de dialogue et d’espérance œcuménique

Changer de regards. Balises œcuméniques. Anne Deshusses-Raemy avec la collaboration de l’équipe enseignante de l’Atelier Œcuménique de Théologie de Genève (AOT). Éditions Saint-Augustin, 2025, 180 pages.

Je dois à mon lectorat un mot d’explication avant d’entreprendre la présentation de cet ouvrage. Mes lecteurs s’étonneront peut-être de son style autobiographique. En voici les raisons.

J’ai été moi-même pendant dix années (1989–1999) enseignant à l’AOT. Je fus appelé à cette fonction par l’un de ses directeurs, l’inoubliable abbé André Fol, décédé après nous avoir légué le journal de la courte et impitoyable maladie qui devait l’emporter dans la force de son âge. J’entretenais aussi avec le pasteur André Herren, qui assumait avec André Fol la codirection de cette institution, les meilleures relations, de même qu’avec mes collègues enseignants. Bien que n’ayant parcouru qu’une étape réduite de l’AOT, j’en connais le but et le mode de fonctionnement. Tout cela s’est développé et enrichi par la présence d’Anne Deshusses, codirectrice catholique de cet Atelier dont le renom s’étend bien au-delà de Genève. Mais Anne ne fut pas la seule à créer et diffuser ce rayonnement. Ce livre l’atteste en toute clarté.

Anne Deshusses est la rédactrice responsable de ce livre paru lors du jubilé de l’AOT, qui fêtait récemment son premier demi-siècle d’existence. Beaucoup d’eau a coulé dans le Rhône depuis lors. Ce livre voudrait rendre hommage à cette institution œcuménique, à ses fondateurs, à ses enseignants, et surtout à ses participants qui se comptent par centaines. Du même coup, le livre s’autorise à dessiner le profil du futur AOT. De l’histoire, des réflexions théologiques et même une esquisse de bilan. De quoi aiguiser notre appétit de lecture.

Je puiserai dans cet ouvrage des informations oubliées ou négligées. Elles pourraient être nécessaires à la présentation du livre. Le lecteur se fiera de préférence à l’ouvrage qu’il tient dans ses mains plutôt qu’à mes appréciations.

Un peu d’histoire. Je ne crois pas que ma préhistoire enfantine m’ait préparé à un engagement œcuménique. Je suis né dans un village intégralement catholique et fribourgeois, sans relations avec nos voisins protestants vaudois. Ils étaient de toute façon promis à l’enfer puisqu’ils ne suivaient pas le seul chemin qui mène au paradis, le mien forcément. À cette époque, une union matrimoniale entre catholique et protestant n’était possible qu’à condition que le mariage fût célébré dans le secret d’une sacristie et que les enfants qui naîtraient de cette union soient baptisés et catéchisés dans notre Église.

Abandonnons cette préhistoire où les facteurs politiques comptaient autant et même davantage que la diversité confessionnelle. Ce fut le cas de Genève.

Tout a basculé dès la fin de la Seconde Guerre mondiale, surtout au cours des années 1950–1960, avec la fondation de Taizé, du Conseil œcuménique des Églises (COE), de la Traduction œcuménique de la Bible (TOB) et surtout de Vatican II, qui ouvrit ses portes à des observateurs non catholiques. Ses décrets furent très favorables à la rencontre, pour ne pas dire plus, de chrétiens de tous horizons. De grands ténors, comme le cardinal Béa, Roger Schütz, le patriarche Maximos et, bien sûr, les papes Jean XXIII et Paul VI montèrent à la tribune pour soutenir ce mouvement novateur et réconciliateur. En peu d’années, l’atmosphère changea du tout au tout. Les protestants n’étaient plus des ennemis à pendre ou à brûler, mais des compagnons qui, comme nous, voulaient marcher sur le chemin ouvert par Jésus, un chemin qui nous conduisait à Dieu.

Je ne restai pas absent de cette évolution révolutionnaire. Je terminais mes études théologiques de base à Fribourg par un mémoire sur le théologien réformé Oscar Cullmann et les prolongeai par un séjour d’une année à la Faculté protestante d’Heidelberg, avant de m’exercer à la pastorale œcuménique de terrain en tant qu’aumônier à l’université et à l’EPFL de Lausanne de 1965 à 1970. Mon séjour au Rwanda (1970–1989) ne m’écarta pas de ces préoccupations. Nous formions le pasteur Victor Phildius et moi une équipe pastorale très soudée au sein d’une université rwandaise déjà en ébullition.

Je n’étais donc pas un ignare en œcuménisme lors de mon arrivée à Genève fin 1989. J’avais acquis quelques dispositions préalables qui me rendaient apte à répondre favorablement à l’appel d’André Fol dont j’ai parlé plus haut.

L’AOT est né en 1974 de rencontres théologiques entre une poignée de jésuites de la rue Jacques-Dalphin de Carouge, rédacteurs de la revue Choisir, et de quelques membres du « Centre protestant d’études », aujourd’hui disparu. Les jésuites Livio, Hug et Bréchet devaient faire partie de l’équipe fondatrice, me semble-t-il.

L’intention fondamentale de l’AOT était de restituer la théologie aux laïcs catholiques et protestants. Le discours sur Dieu n’était pas une science ésotérique réservée aux clercs ou aux professeurs de faculté, mais ouvert à tous les chrétiens. D’où le mot « atelier », qui évoque un travail de groupe et non la réception passive de recettes conçues d’avance. Ce travail était effectué dans un premier temps par les enseignants qui passaient chaque lundi matin à s’interroger sans complaisance sur le contenu de leur foi, mais aussi avec respect. D’où leur désir de partager cet exercice exigeant avec ceux et celles qui accepteraient de devenir eux aussi membres de cet Atelier. Ils n’y sont pas parvenus du premier coup. À mon arrivée, la méthode était encore celle des cours ex cathedra donnés par deux enseignants, un catholique et un protestant, suivis de réponses aux questions éventuelles posées par l’assemblée. Le programme était celui d’un parcours biblique conforme à la thématique choisie par les enseignants lors de leur retraite annuelle.

Puis est venue la formation en petits groupes, qui facilita le dialogue. Enfin, les récits de vie personnelle où chacun faisait part de son propre parcours spirituel. Ces récits exigeaient un travail écrit, rédigé au cours des vacances annuelles. À mon époque, une volée d’aotistes ne prenait son envol qu’après deux années de présence hebdomadaire : le lundi après-midi ou le lundi soir selon le choix des participants. Chaque séance durait deux heures.

Au cours de son premier quart de siècle, l’AOT comprenait surtout un groupe d’engagés paroissiaux catholiques et protestants. Ils étaient déjà assimilés à l’œcuménisme et recherchaient la visibilité de leur union, croyant la trouver à l’AOT. Le débat interconfessionnel ne les intéressait donc pas. Puis s’ajouta le groupe de ceux qui vivaient un repli identitaire dans leur communauté et rêvaient de convertir parmi les participants à l’AOT de nouveaux adeptes. Enfin, le groupe des sans-religion et des sans-confession ne faisait qu’augmenter.

Vingt-cinq ans plus tard, la demande de formation subsiste, mais les attentes se modifient. Les assimilés œcuméniques sont toujours présents, même s’ils s’étonnent que l’œcuménisme ne soit pas encore complètement advenu. Les chrétiens identitaires quittent leur ghetto et trouvent dans l’AOT une formation ouverte à tous les courants. Quant aux non-chrétiens, ils trouvent dans l’AOT un lieu propice pour creuser leur questionnement, sans nécessairement appartenir à une Église ou à une communauté particulière.

L’AOT considère que tout être humain est capax Dei, quelles que soient son histoire de vie et son origine. Mais des questions se posent : comment fonder un dialogue vivant entre personnes et confessions ? Comment maintenir le dialogue avec nos institutions ? Comment continuer de faire théologie avec toutes nos diversités ? Comment mieux accueillir les personnes hors ancrage religieux ?

Des pierres d’achoppement subsistent : l’Eucharistie, la Sainte-Cène, la Divine Liturgie ; les ministères ; la place des femmes dans les Églises ; l’éthique et la morale.

Pour avancer malgré tout, quelques balises s’imposent : travailler à l’unité dans la diversité ; développer des outils de dialogue sur les désaccords ; rechercher des consensus différenciés ; avancer sur un chemin d’amour, de paix et de pardon ; reconnaître mutuellement les responsabilités de nos Églises plurielles ; accueillir l’autre grâce à l’hospitalité eucharistique ; penser ensemble l’anthropologie ; se poser la question d’un macro-œcuménisme.

Cette dernière balise recommande des contacts réguliers entre l’AOT et la Plateforme interreligieuse de Genève, dont les objectifs sont plus larges. C’est ce niveau de dialogue englobant les Églises chrétiennes et les diverses religions mondiales qui suscite de nos jours l’intérêt et même l’engouement de nos contemporains. L’AOT devra en tenir compte si elle veut survivre et ne pas être considérée comme une entreprise locale ou régionale. Un dialogue qui certes garde sa valeur et peut même servir de modèle à plus grand que soi.

Mais l’interreligieux est une autre histoire, qui mériterait un autre livre. Je ne vois comme auteur que le pasteur Jean-Claude Basset, qui fut avec Hafid Ouardiri et le rabbin François Garaï à la base de cette nouvelle planète qui brille dans le ciel genevois.

L’AOT, la Plateforme, les Communautés de base et le Cursillo furent les quatre moments essentiels de mon engagement spirituel et pastoral genevois. Il y en eut d’autres, mentionnés dans mon livre Souvenances. Je leur dois d’avoir éclairé ma foi d’aujourd’hui et de conforter mon espérance.

Cette image a été créée avec l'aide de DALL·E.
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