Chronik von Bruder Guy Musy der Gemeinschaft in Genf

Offenes Buch!

Béthanie, fiction et réalité

  • Fr. Guy

Entre évangile, légende et roman

Lazare. Le ravi. Benoist de Sinety, éditions du Cerf 2024, 142 pages.

Deux références bibliques : la résurrection de Lazare et l’onction des pieds de Jésus.

Une fratrie singulière. Deux sœurs et un frère. Une femme, Marthe, apparaît comme la vraie cheffe de cette famille. D’où l’intérêt de son dialogue avec Jésus.

Hors des évangiles, le mythe et la légende servent de récit : embarquement des trois personnages fuyant les persécutions romaines ou juives en Palestine. Leur barque atteint les côtes provençales : Lazare devient le premier évêque de Marseille, Marthe se réfugie à Tarascon et Marie pleure ses péchés à « La Sainte-Baume ».

Même le roman moderne s’empare de la fratrie, comme Lazare le ravi, œuvre récente d’un prêtre parisien, Benoist de Sinety. Un roman que je ne recommande à personne, même si les Éditions du Cerf ont daigné l’éditer.

Au sein de ce cercle familial, Jésus est désigné sous le nom de rabbi ou maître. Mais le plus souvent comme l’ami de Lazare. Une appellation dont le sens est à creuser. L’évangile de Jean parle du disciple que Jésus aimait. Un amour qu’il aimerait retrouver chez Pierre pour effacer son triple reniement. Dans le cas de Lazare, de quel amour s’agit-il ? Philos ou agapè ? Je penche plutôt pour philos. Ce qui rend Jésus plus proche de nous. Quant à l’agapè, il est le prélude nécessaire à tout acte pastoral. On ne peut être pasteur que si on a l’odeur de la brebis. Autrement dit, si on l’aime, jusqu’à mourir pour elle quand le loup l’attaque. Ce qui, a priori, ne semble pas être le cas dans la familiarité qu’entretiennent Jésus et Lazare. Un prêtre ou un religieux peuvent avoir des amis hors de leurs paroisses et couvents. C’est humain et même divin. Lazare n’est pas un pasteur ni un disciple, mais simplement un ami.

À l’arrivée de Jésus à Béthanie, Lazare est dans son tombeau. Marie est assise dans la maison. Marthe va au-devant de Jésus et lui reproche son retard. Jésus lui confirme que Lazare ressuscitera. « Au dernier jour », lui répond Marthe. Non, maintenant, lui fait entrevoir Jésus : « Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra. Crois-tu cela ? »

Marthe répond : « Oui Seigneur, je crois que tu es le Christ, le Fils de Dieu, celui qui vient dans le monde ». Puis elle appelle sa sœur Marie qui fait à Jésus le même reproche que sa sœur.

Alors Jésus frémit en lui-même et se trouble. Il veut aller jusqu’au tombeau… Alors il se mit à pleurer. Il fait enlever la pierre et crie d’une voix forte : « Lazare, sors ! Déliez-le et laissez-le aller ».

Non, je ne lirai pas les dernières pages du Lazare de Benoist de Sinety. Ce livre me fatigue. Sans prétentions exégétiques, comme son auteur l’affirme, cet ouvrage est plutôt une fiction romanesque qui trouve ses sources dans diverses péricopes évangéliques choisies, relues et interprétées par l’auteur. La plupart sont dépourvues de toute authenticité biblique. Ainsi, Lazare est-il présenté comme fils de prêtre du Temple de Jérusalem. Il échappe au désir paternel de lui succéder dans cette fonction en menant une vie de prodigue. Il devient mendiant et malade. Un chien vient lui lécher ses plaies. Puis il retourne chez ses sœurs à Béthanie, proche de son oncle Nicodème qui jouera un rôle décisif dans sa conversion.

Le plus souvent, ces récits ou ces histoires sont accompagnés de jugements sur les personnes inspirés par nos valeurs modernes et par les débats dont elles donnent lieu. Exemples : la place de la femme en Église, le pouvoir du clergé, l’accueil des exclus, etc.

Je ne prétends pas que ce livre soit dépourvu d’intérêt. Il est accessible à tous et chacun peut en tirer un profit personnel. Mais quelle est sa ligne de fond ? Que veut-il enseigner ? Je retiens la parole de Jésus à Nicodème sur la nécessité de renaître, même si l’on estime être trop âgé pour tenter ce genre de retour. Renaître signifie ressusciter. Sous tous les sens de ce mot.

Voilà ce que le récit de la résurrection de Lazare promet à tous les amis et amies de Jésus. Je dois donc me préparer à ce nouvel accouchement qui arrivera en son temps, sous la forme que Dieu lui donnera. D’ici-là, calme, foi, prière et patience. Et merci à ce prêtre-missionnaire-écrivain de me l’avoir rappelé.

Cette image a été créée avec l'aide de DALL·E.
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