Suisse, histoire et légende

  • Fr. Guy

Guy Mettan revisite l’histoire et les mythes fondateurs de la Suisse

Guy Mettan (dir.), Suisse. L’histoire et la légende des origines, avec les contributions de Jacques Le Goff, Roger Sablonier, Werner Meyer et Catherine Santschi ; iconographie de Nicolas Bouvier, Genève, Éditions Slatkine, 2026, 256 p.

« L’idée de ce livre a germé en 1986, cinq ans avant le sept-centième anniversaire de la naissance de la Confédération helvétique. L’ouvrage aurait dû être publié à cette occasion. Après quatre années d’intense travail, les manuscrits et les illustrations furent rangés dans un carton parce qu’un autre projet avait pris forme et accaparé les forces des rédacteurs. Ce projet était la réalisation d’un “Guillaume Tell, poème symphonique rock” qui fut créé en été 1991 dans la rade de Genève. Les célébrations du 700e passées, l’intérêt pour l’histoire des origines suisses retomba. » (Avant-propos, p. 11)

Je ne serais pas autrement surpris que cette proposition de lecture n’intéresse qu’un public helvétique restreint. Et encore… Quoique la distinction entre mythe et histoire dépasse les frontières suisses. Ce livre est un cas particulier d’une question bien connue des historiens sérieux. Les circonstances de la fondation de la Confédération suisse relèvent-elles du mythe, ou sont-elles des événements historiquement repérables et vérifiables ?

Quarante ans plus tard, le journaliste Guy Mettan a ouvert la boîte mystérieuse où étaient enfouis les premiers manuscrits et en a extrait sans doute les meilleurs pour constituer le volume qui paraît cette année. Parmi ces contributions, nous avons choisi de présenter les siennes, laissant à notre lectorat la surprise de découvrir les autres.

Les conclusions de l’auteur ne m’étonnent pas non plus. Le mythe de Guillaume Tell ne s’est pas transformé en histoire et l’histoire suisse a pris un autre cours. Au moment de la création de l’OTAN, de l’UE et de l’AELE qui associent des États, le temps n’est pas favorable à l’idée nationale génératrice de tensions et de guerres. Les jeunes en particulier rêvent d’internationalité culturelle, sociale et scientifique. Ils refusent d’être emprisonnés dans des États-nations repliés sur eux-mêmes et réducteurs des forces vives. D’ici quelques semaines, les citoyens de ce pays diront s’ils veulent une neutralité ouverte tenant compte de la réalité que nous vivons. Un beau et palpitant sujet.

Non qu’il faille jeter à la poubelle Tell et Winkelried. Ces personnages mythiques ont façonné et fasciné nos jeunes années. Le temps de changer est sans doute venu. Même si nous ne connaissons pas avec précision l’avenir qui nous est préservé. Je fais miennes les toutes dernières lignes de Guy Mettan : « Dans tous les cas, l’histoire continuera avec ou sans Guillaume Tell, avec ou sans la Suisse. Mais avec les Suisses. »

Jean-François de Troy, Allégorie du Temps dévoilant la Vérité, 1732. Œuvre appartenant au domaine public.