Qui sont ces hommes en noir ?
Pendant les trois jours saints à la fin de la semaine sainte (le “Triduum” en latin), vous verrez les frères de notre communauté porter la chape durant les Offices.
De manière informelle, nous pouvons dire que le fait de porter la totalité de l'habit dominicain, chape comprise, est un moyen de manifester un respect religieux pour la spécificité unique et la profondeur spirituelle de ces journées dans le calendrier de l'Église. La couleur noire signifie la sobriété certaine de ces liturgies tout en leur conférant une empreinte solennelle.
Toutefois, historiquement, les origines de la chape dominicaine et des autres parties de notre habit sont en réalité humbles. En voici une brève explication.
Le port d'habits distincts s'est développé assez tôt parmi les chrétiens. L'utilisation d'un vêtement ascétique (c'est-à-dire simple ou austère) était déjà pratiquée dans le judaïsme et s'est répandue dans le christianisme.
À mesure que la vie monastique (le fondement de toutes les autres formes de vie religieuse dans l'Église) s'est organisée, il en a été de même pour les styles vestimentaires particuliers associés à cette forme de vie.
Parmi les religieux de l'Église occidentale, une forme commune a commencé à émerger, qui tire son origine des robes romaines tardives. L'habit dominicain est une adaptation de ce style et, à ce titre, il présente de nombreuses similitudes avec les autres Ordres religieux occidentaux. Comme tous les habits, l’habit dominicain a probablement pris sa forme définitive au fil du temps ; pourtant, notre tradition a une «légende» unique remontant à la fondation de notre Ordre concernant notre habit.
L'histoire est racontée sous la plume du Bienheureux Jourdain de Saxe, Premier maître de l'Ordre après saint Dominique. Selon le Bx Jourdain, il y avait un canoniste du nom de Réginald qui s’inspirait de la prédication de Saint Dominique et cherchait à rejoindre l’Ordre. Malheureusement, il est tombé malade et fut alité. Demandant les prières de saint Dominique, le canoniste a raconté plus tard avoir eu une vision de la Bienheureuse Vierge Marie. Dans cette vision, Notre Dame a guéri Réginald de sa maladie et lui a également donné la pièce maîtresse de l'habit dominicain : le scapulaire.
Auparavant, les premiers adeptes de saint Dominique portaient l’habit augustinien des chanoines d’Osma, qui n’avait pas de scapulaire (un vêtement uniquement monastique, à ce moment-là). Reginald a rapporté cette vision à Saint Dominique, qui a adopté le nouvel habit pour son Ordre des Prêcheurs naissant. Réginald lui-même a rejoint l'Ordre peu de temps après, et il s'appelle Bx Réginald d’Orléans et considéré comme l’un des principaux acteurs du début de l’histoire de l’Ordre.
Bien que nous ne puissions être certains de la véracité de cette légende transmise par Jourdain de Saxe, il est clair que le scapulaire de notre habit revêt une signification particulière pour tous les Dominicains : une signification mariale.
L'habit est évoqué dans la section « l'Observance régulière » dans le Livre des Constitutions de l'Ordre des Prêcheurs et est décrit ainsi : « L'habit de l'Ordre se compose d'une tunique blanche avec un scapulaire et un capuce blancs, avec une chape et un capuce noirs ainsi qu'une ceinture de cuir avec un rosaire » (§50). Une annexe (3) détaille ensuite les instructions liées à la longueur de l’habit de même que les proportions de chaque partie de l’habit par rapport aux autres.
Cependant, l’annexe ne précise pas tout (le genre et la couleur des chaussures, le nombre de dizaines du rosaire, etc...). Donc ces questions sont laissées à la préférence personnelle de chacun. (Si on regarde de près l'habit de chaque frère, on voit bien que les dominicains aiment profiter de cette liberté !)
Il peut être nécessaire d'expliquer certains termes utilisés par les Constitutions.
La tunique est un vêtement long jusqu'aux chevilles, avec des manches longues qui peuvent être simplement pliées ou munies de boutons pour maintenir ces plis en place.
Le scapulaire est un long morceau de tissu sans manche avec un trou au centre pour la tête ; le tissu repose ensuite sur les épaules et couvre le devant et le dos de la tunique. La largeur de la main à partir du bas de la tunique doit être suffisante pour couvrir la « jonction des manches avec la tunique ».
Le capuce est un capuchon cousu à un morceau de tissu circulaire qui tombe sur les épaules et descend jusqu'à un point situé dans le bas du dos. Ce capuchon était autrefois directement attaché au scapulaire (comme la cuculle de l’habit des Chartreux), mais à un moment donné, il s’est détaché du scapulaire et a évolué pour devenir une cape d’épaule avec capuchon (similaire au camail des prémontrés qui, lui, ne possède pas de capuchon).
La chape noir, d'où vient le sobriquet anglais pour qualifier les frères dominicains de « Black Friars », n'est qu'une grande cape qui recouvre l'essentiel de l'habit blanc. Il était porté contre le froid et en voyage, il fait office de manteau pour les frères. Celui-ci aussi a un capuce distinct de la cape. L'ensemble se nomme la chape.
L’ensemble de l’habit dominicain a donc cinq vêtements, plus une ceinture en cuir et l'indispensable rosaire.
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Dans certaines parties du monde, il est de tradition de faire certaines prières en mettant chaque partie de l'habit.
En revêtant sa tunique, le frère peut prier :
Donne-moi, Seigneur, les vêtements du salut. Par ta grâce, que je les garde purs et sans tache, de sorte que vêtu de blanc, je puisse être digne de marcher avec Toi dans le royaume de Dieu. Amen.
L'élément suivant de l'habit est la ceinture. Un dominicain prie :
Donne-moi, Seigneur, la cincture de la justice et le cordon de la pureté que je puisse unir les nombreuses affections de mon cœur dans l'amour de toi seul. Amen.
Ensuite, en suspendant le rosaire à la ceinture, du côté gauche, la prière suivante est récitée :
Ô Dieu, dont le Fils unique, par sa vie, sa mort et sa résurrection, a mérité pour nous les récompenses de la vie éternelle, accorde, nous t'en supplions, que méditant sur les mystères du Très Saint Rosaire de la Bienheureuse Vierge Marie, nous puissions imiter ce qu'ils contiennent et obtenir ce qu'ils promettent, par le même Christ notre Seigneur. Amen.
Désormais, avec la ceinture et le rosaire en place sur la tunique, le dominicain passe son scapulaire. Le scapulaire dominicain est mis en disant cette prière :
Sois une mère pour moi, Il entendra ton plaidoyer Celui que ton sein a abrité et dont la main apporte la guérison.
Ensuite, le capuce blanc. En se revêtant du capuce, le dominicain prie :
Seigneur, Tu as mis ton signe sur ma tête que je ne devrais admettre aucun autre amour que toi. Amen.
Les deux parties les plus distinctives de l'habit dominicain suivent ensuite.
Un dominicain prie en enfilant sa chape :
Nous volons vers ton patronage, ô Sainte Mère de Dieu, ne méprise pas nos prières nous qui sommes dans le besoin, mais libère-nous de tous les dangers, ô Sainte Vierge. Amen.
Enfin, le dominicain enfile le capuce noir avec capuchon qui recouvre la chape et sert de couvre-épaule noir extérieur et de couverture avec son capuchon.
Le capuce noir complète l'habit dominicain et, avec la chape, elle est portée traditionnellement par un dominicain à l'extérieur du couvent.