Pour nous préparer à la Pentecôte, une belle séquence du Moyen Âge

Nos frères présentent un enregistrement d'une œuvre pérenne

Veni Sancte Spiritus, appelée parfois la séquence dorée, est un chant grégorien chanté lors de la fête de la Pentecôte.

De par la ressemblance de leurs noms, elle est parfois confondue avec l'hymne Veni Creator Spiritus.

La séquence Veni Sancte Spiritus est généralement attribuée au pape Innocent III (mort en 1216), ou parfois à l'archevêque de Cantorbéry Étienne Langton (mort en 1228).

Pourtant, Robert le Pieux (mort en 1031), deuxième de la lignée capétienne et fils d'Hugues Capet, était un fin lettré, et on lui attribue aussi cet hymne de louange à la troisième personne de la Très Sainte Trinité.

Veni Sancte Spiritus était en effet l'un des quatre hymnes médiévales présentés dans le missel romain à l'issue du concile de Trente (1545-63). Avant ce concile, les séquences étaient très nombreuses et des fêtes religieuses avaient souvent leurs propres séquences.

Cet hymne a un énorme pouvoir d'inspiration.

Le texte a été mis en musique par des compositeurs tels que Guillaume Dufay, Josquin des Prés, Adrien Willaert, Giovanni Pierluigi da Palestrina, Roland (Orlandus) de Lassus et Tomás Luis de Victoria. Des compositeurs contemporains, notamment Arvo Pärt, ont également mis ce texte en musique. (Des enregistrements de toutes ces œuvres peuvent être écoutés en cliquant sur les noms des compositeurs.)

 

Mais ici, on peut entendre une version qui rappelle fortement les racines médiévales de cette prière poétique. Nos frères propriétaires de la chaîne YouTube OPChant, Stefan Ansinger et Alexandre Frezzato, présentent un enregistrement de la séquence dans le style dominicain du chant grégorien traditionnel.

La prière chantée peut être une expérience esthétique puissante, mais elle n'est jamais que cela. Nous vous invitons donc à examiner le texte en latin (suivi d'une traduction française) et ainsi à entrer plus profondément dans le sens de la prière :

Le texte en latin :

 Veni, Sancte Spiritus,
et emitte caelitus
lucis tuae radium.
Veni, pater pauperum,
veni, dator munerum
veni, lumen cordium.

Consolator optime,
dulcis hospes animae,
dulce refrigerium.

In labore requies,
in aestu temperies
in fletu solatium.

O lux beatissima,
reple cordis intima
tuorum fidelium.

Sine tuo numine,
nihil est in homine,
nihil est innoxium.

Lava quod est sordidum,
riga quod est aridum,
sana quod est saucium.

Flecte quod est rigidum,
fove quod est frigidum,
rege quod est devium.

Da tuis fidelibus,
in te confidentibus,
sacrum septenarium.

Da virtutis meritum,
da salutis exitum,
da perenne gaudium. 

Une traduction française :

 Viens, Esprit-Saint,
et envoie du haut du ciel
un rayon de ta lumière.

Viens en nous, père des pauvres,
viens, dispensateur des dons,
viens, lumière de nos cœurs.

Consolateur souverain,
hôte très doux de nos âmes
adoucissante fraîcheur.

Dans le labeur, le repos,
dans la fièvre, la fraîcheur,
dans les pleurs, le réconfort.

O lumière bienheureuse,
viens remplir jusqu'à l'intime
le cœur de tous tes fidèles.

Sans ta puissance divine,
il n'est rien en aucun homme,
rien qui ne soit perverti.

Lave ce qui est souillé,
baigne ce qui est aride,
guéris ce qui est blessé.

Assouplis ce qui est raide,
réchauffe ce qui est froid,
rends droit ce qui est faussé.

A tous ceux qui ont la foi
et qui en toi se confient
donne tes sept dons sacrés.

Donne mérite et vertu,
donne le salut final
donne la joie éternelle. 

La vie d'il y a des siècles, lorsque cette séquence a été écrite, n'était pas plus sûre que nos vies d'aujourd'hui. 

Mais la puissance de l'Esprit, descendu en langues de feu sur les apôtres et disciples réunis dans le Cénacle, garde toujours son potentiel de transformer nos réalités — intérieures et extérieures.

Pentecôte, Jean II Restout, 1732 (Wikipédia)