Lettres d’unité et d’espoir
- Fr. Guy
Échange de lettres entre deux responsables d’Église. L’un est bien connu des lecteurs de ce blog : le dominicain Jean-Paul Vesco, aujourd’hui archevêque d’Alger après avoir occupé le siège épiscopal d’Oran en Algérie et créé récemment cardinal par le pape François. Le second est le pasteur Samuel Amédro. Après avoir été président de l’Église évangélique au Maroc, il est maintenant président du Conseil régional de la région parisienne de l’Église protestante unie de France.
L’éditrice, la pasteure Marion Muller-Colard, rédige une très fine introduction à ce recueil de lettres et nous dit en quelles circonstances lui est venue l’idée de l’éditer. Je ne mentionne que ses propos sur les deux épistoliers : « J’ai senti un point de rencontre entre deux hommes d’Église qui ne pensent à elle qu’en espérant qu’elle pense enfin à autre chose qu’elle-même, comme le résume si bien Jean-Paul Vesco.
De cette intuition naît cette correspondance d’hommes coresponsables devant le devenir d’une Église qui n’a de sens que d’être au service du monde. Ce qui ne veut pas dire renoncer au caractère souvent subversif de l’Évangile, mais quitter les positions de surplomb pour se rendre proche et apprendre de l’autre. Ce n’est pas un hasard si ces deux hommes-là ont fait l’expérience l’un comme l’autre de vivre dans des pays où le christianisme n’a jamais été dominant – Jean-Paul Vesco en Algérie et Samuel Amédro au Maroc. Ils ont en partage une joyeuse humilité, celle de ceux qui n’ont pas besoin de nier la diversité pour se sentir à l’aise dans leurs identités et qui puisent en elles l’appétit de la rencontre.
C’est aussi de cet appétit que naît ce livre à deux voix, ce livre de frères d’âme pour que l’œcuménisme ne signifie pas lisser les différences, mais se souvenir toujours que ce que nous avons en commun, c’est un monde à habiter. Un monde qui a besoin de toutes nos énergies et créativités pour panser ses plaies et envisager un avenir. De fraternité aussi. »
À l’intention de mes frères et de mes sœurs dominicains, j’ajoute quelques propos puisés dans les lettres que notre frère Jean-Paul adresse au pasteur. Je le fais dans la perspective de la semaine de prière pour l’unité des chrétiens qui s’annonce déjà dans les prochaines semaines de janvier.
Parlant de son Église, Jean-Paul Vesco a ces mots :
« Je rêve d’une Église marquée du coin de la maladie, une Église qui ait, dans cette épreuve, perdu l’orgueil et la suffisance de celui qui se croit invulnérable, rempli de ses certitudes. Je rêve d’une Église humble, de l’humilité de celui ou de celle qui a traversé la grande épreuve, attentive et empathique avec tous les accidentés de la vie, à l’écoute et à l’école de la souffrance et de la fragilité humaine. Cette Église est mon Église, notre Église, dans ce qu’elle est sans cesse appelée à être. »
« Il nous faut l’humilité de reconnaître que nous sommes tous responsables de la rupture de l’unité visible de l’Église, son unité invisible étant hors d’atteinte, sans cesse à rechercher. Il nous faut avoir l’honnêteté de reconnaître qu’aucune des Églises confessionnelles n’est à elle seule “L’Église du Christ.” Dès lors, ne faudrait-il pas avoir le courage de laisser voir, dans la façon dont nous nous présentons, cette brisure, qui témoigne à la fois de l’unité invisible et de la diversité de l’Église ? Ce serait poser une pierre d’attente, peut-être nous reconnaître davantage frères et sœurs de confessions différentes mais pierres vivantes d’une même et unique Église du Christ. »
Je pense que ces propos de notre frère Jean-Paul – que je partage sans réticence – suffiront aux lecteurs éventuels de ce blog à leur donner envie de découvrir le contenu de ces lettres : celles de l’évêque comme celles du pasteur.