Les papes, la guerre, la paix, 1914-2026

  • Fr. Guy

Une lecture de l’ouvrage de Laurent Ulrich

Je suis curieux de découvrir ce livre dont l’auteur est l’archevêque de Paris. Un prélat un peu falot comparé à des prédécesseurs renommés : Feltin, Suhard, Veuillot et Marty. Sans parler de Lustiger qui les éclabousse tous.

Le plus étonnant est que cet évêque écrit une anthologie de 1914 à 2026 des derniers évêques de Rome sur la guerre et la paix. Nous aurions peut-être préféré que Mgr Ulrich nous communique ses pensées personnelles sur ce thème qui a déchiré sa ville et son pays. En se référant aux derniers papes, l’évêque de Paris exprime sa convergence de pensée et la fidélité qui le lie au pontife romain.

Ce livre a aussi le mérite de rappeler des faits récents d’histoire de l’Église ignorés de notre lectorat et de témoigner de la continuité doctrinale des propos depuis le pape Benoît XV jusqu’à Léon XIV.

Écrit avec simplicité, ce livre est accessible aux profanes non initiés.

Benoît XV

(élu le 3 septembre 1914)

La France et l’Allemagne sont en guerre depuis le début d’août. Le pape réagit dans une encyclique datée du 1er novembre.

Tout au long de son pontificat, Benoît tentera de négocier en vue d’une paix juste et durable entre tous les enfants d’un même Père. Ses appels seront jugés comme partisans en faveur de l’un ou l’autre camp.

Pie XI

(élu pape le 6 février 1922 – 1939)

Le pape de l’entre-deux-guerres. On lui doit la signature du concordat qui pacifia le pape avec l’Italie. Un minuscule État adossé à la basilique Saint-Pierre le libère de toute puissance civile et militaire, mais lui assure sa liberté diplomatique et culturelle (Radio Vatican, etc.).

Ses prises de position contre le socialisme athée et en faveur des Juifs persécutés par le nazisme (« Nous sommes spirituellement des sémites ») sont dans toutes les mémoires.

Pie XII

(élu pape le 2 mars 1939 – 1958)

Pie XII fut le pape de la guerre et de l’après-guerre. Personnage contesté par certains du fait de son silence sur les persécutions juives (Der Stellvertreter). Le pape craignait qu’un discours de sa part sur ce sujet eût déclenché encore de plus graves persécutions. Il voulait préserver aussi les Juifs devenus catholiques.

Ce qui ne signifie pas qu’il considéra la guerre comme une solution. Au début du conflit, il tenta de rassembler les responsables des États en guerre en vue de trouver la paix. Très bonne initiative, mais assurément malvenue. Le débat est encore ouvert aujourd’hui.

Jean XXIII

(élu pape en octobre 1958 – 1963)

On doit au court pontificat de ce pape exceptionnel l’idée et l’ouverture du concile Vatican II. Les décrets de ce concile insistent sur les relations pacifiques et fructueuses entre les humains de diverses cultures et religions.

Deux encycliques célèbres de ce pape : Mater et Magistra et Pacem in terris. La première évoque le souvenir de Rerum Novarum, la seconde, la dignité et la liberté des peuples autrefois colonisés.

Ce dernier texte a été rédigé en pleine guerre froide entre les USA et l’Union soviétique. Jean XXIII s’appropriait une parole de Pie XII : « Avec la paix, rien n’est perdu, mais tout peut l’être avec la guerre. »

Paul VI

(élu pape le 21 juin 1963)

À mon humble avis, Paul VI fut le pape le plus marquant de sa génération. Il dirigea le concile Vatican II jusqu’à sa conclusion finale. Il ouvrit l’Église au monde. Ses voyages l’amenèrent dans tous les continents. Chacun fut marqué par son désir de paix et de réconciliation. Ainsi, le voyage à Jérusalem en compagnie du patriarche Athénagoras, celui que fit Paul VI à New York, où il prit la parole devant l’Assemblée générale des Nations unies. « Plus jamais la guerre ! », a-t-il proclamé dans ce forum, puis sa visite au BIT de Genève.

L’Église n’était plus à l’écart. Je regrette simplement que les dernières années de Paul VI furent tourmentées du fait de la publication de son encyclique Humanae Vitae.

Mais de tous les écrits signés par Paul VI, l’encyclique Populorum progressio est le plus éminent et le plus commenté. Nous savons que le frère dominicain Lebret, brillant économiste, collabora à sa rédaction. Le développement ne se réduit pas à une simple croissance économique. Pour être authentique, il doit être intégral, c’est-à-dire promouvoir tout homme et tout l’homme. Seul cet objectif peut garantir la paix.

Jean-Paul II

(élu pape en 1978, décédé en 2005)

Je ne relève que la fameuse rencontre d’Assise, le 27 octobre 1986. Ce pape invitait tous les responsables religieux du monde non pas à une prière commune, mais à une prière de chacun selon son rite, en faveur de la paix internationale, menacée en ce temps-là.

On sait aussi les relations qu’entretenait ce pape avec la Communauté Sant’Egidio. Ce travail commun amena la paix au Mozambique.

Benoît XVI

(pape de 2005 à 2013)

On retiendra de ce pontificat le fameux discours de Ratisbonne en septembre 2006, qui valut au pape tant d’indignations et de mépris. Et pourtant, Benoît XVI ne faisait que souligner la nécessité de l’intervention de la raison dans tout dialogue œcuménique. Par chance, les ponts ont pu être réparés grâce à une intervention à Rome de dignitaires musulmans et un voyage du pape en Turquie.

Pape François

(2013-2025)

Son premier voyage à Lampedusa révèle que la Méditerranée est devenue un cimetière. D’où les multiples interventions du pape pour prévenir le drame des réfugiés. L’encyclique Laudato si’ veut à la fois sauvegarder la création et l’humanité qui en bénéficie. Ce texte majeur aura un retentissement considérable.

Un autre texte lumineux, Fratelli tutti, en 2020, souligne l’unité de l’espèce humaine et le devoir de fraternité, surtout en cette période de Covid. Enfin, mentionnons l’invitation réussie du président israélien et celui de l’Autorité palestinienne à Rome. Ces deux hommes politiques étaient accompagnés du patriarche de Constantinople.

Léon XIV

(élu en 2025)

Nous sommes au début de son pontificat, mais nous savons déjà que cet homme est convaincu de la nécessité d’une paix universelle. Il a des prédécesseurs brillants qui pourraient l’inspirer. Il est aussi confiant et ne se laisse pas désarmer facilement par les oppositions. Sa seule violence est celle de sa douce ténacité à promouvoir la paix.

Ce livre contient des extraits plus ou moins longs de chaque pontife. Le lecteur ne pourra qu’en tirer profit.

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