Le silence de Dieu n’est pas son absence

  • Fr. Guy

Le défi d’une foi qui questionne

Interroger Dieu. Timothy Radcliffe et Lukasz Popko, Éditions du Cerf, 2024, 319 pages.

J’ai sur ma table un livre signé par les frères Timothy Radcliffe et Lukasz Popko. Le premier auteur nous est bien connu à travers ses brillantes et étonnantes publications, mais aussi par son activité de Maître de l’Ordre des Prêcheurs. Je l’ai même croisé au Rwanda au temps du génocide. Il était désireux de réconforter ses frères et ses sœurs durement éprouvés. Par contre, le second auteur m’est inconnu, si ce n’est que j’ai appris que ce frère polonais est un excellent bibliste. Sa compétence lui a valu une chaire dans notre École Biblique de Jérusalem.

Malvoyant, je ne suis plus capable de lire intégralement un ouvrage scientifique qui dépasse 300 pages. Mais je peux en parler si la thématique abordée m’intéresse et m’encourage. Ce qui est ici le cas.

Pour l’aborder, je ne peux mieux faire que citer quelques lignes de la quatrième de couverture :
« Dans la Bible, Dieu nous interroge sans cesse. Mais nous, sommes-nous en droit d’interroger Dieu à notre tour ? Et, si oui, comment ?

La relation entre Dieu et l’humain n’est pas une relation de soumission passive et donc sans questionnement. Les deux auteurs pensent que nous en avons non seulement le droit, mais le devoir, car notre relation avec le Seigneur est une rencontre qui passe précisément par le questionnement mutuel, une conversation qui s’avère indispensable, surtout en ces temps incertains où l’Église s’interroge sur la manière d’être fidèle à Dieu. Un dialogue éclairant et vivifiant ».

Nos auteurs en donnent de nombreux exemples puisés dans les deux Testaments. Je pense que cette thématique est très adaptée à notre temps. Face aux malheurs et à la souffrance du monde actuel, nous ne faisons que reprocher à Dieu son silence et son inaction. Et nous le faisons sur un ton proche du rejet et de l’apostasie, surtout quand nous lui demandons les raisons de son silence ou de son absence. Ce n’est plus une conversation entre amis, mais un réquisitoire.

Dans ce débat difficile, je refuse de considérer le silence de Dieu comme un silence orchestral dans une partition musicale. Non, Dieu nous aime comme son Fils et ne nous abandonne pas, pas plus qu’il a abandonné son Fils sur sa croix. Mais il est fort possible que nous refusions de l’entendre et de lui faire confiance. Sans patience et sans silence de notre part, nous l’excluons du jeu en l’accusant sans prendre la peine de l’écouter, surtout sans voir nos propres torts qui ont déclenché le malheur que nous reprochons à Dieu.

Les auteurs plaident pour l’amitié entre Dieu et nous, et entre les hommes aussi, même dans les jours difficiles. Il nous faut marcher ou mourir, aller encore et encore à la rencontre de Dieu et des hommes, converser avec eux et, ensemble, trouver la solution de nos conflits. Malgré tout, nous cheminons vers le Royaume. Dieu ne désespère jamais de l’humanité. « Tu as tellement aimé le monde, Père très saint, que tu nous as envoyé ton propre Fils quand les temps furent accomplis pour qu’il soit notre Sauveur » (prière eucharistique). Si Dieu n’abandonne jamais, comment pourrions-nous le faire ?

Cette image a été créée avec l'aide de DALL·E