Le bon pasteur
Ac 2,14-41 / Ps 22 / 1 P 2,20-25 / Jn 10,1-10
La figure de Pierre, debout au milieu des apôtres, est avant tout celle du pasteur. Cette fonction qui est la sienne, il l'a reçue des mains de Jésus lui-même, qui lui a confié la responsabilité de son troupeau : « Si tu m'aimes, pais mes brebis », lui avait-il dit, sur les bords du lac de Tibériade (Jn 21,17). À la suite de Pierre, ceux qui héritent de cette charge ont pour première mission de veiller sur l'unité du peuple de Dieu. Pour cela, ils ne sont pas au-dessus des autres, mais au milieu d'eux. L'un des plus beaux titres du pape – et sans doute le plus significatif – est celui de « serviteur de l'unité ». L'évêque de Rome et successeur de saint Pierre est « principe perpétuel et visible, fondement de l'unité », enseigne Lumen Gentium, la Constitution sur l'Église du Concile Vatican II. Tout pontife est donc le garant de cette cohésion et de cette cohérence entre les fidèles, mais aussi entre les différentes époques et entre les cultures touchées par le christianisme.
Mais cette fonction de pasteur (munus regendi) n'est pas la seule qui caractérise son ministère et, avec lui, celui de tous les ministres consacrés. Elle s'ajoute à deux autres dimensions essentielles : celle de docteur (munus docendi) et celle de consécrateur (munus sanctificandi). Cette triple dignité découle en droite ligne des trois fonctions du Christ, prêtre, prophète et roi. Cette tradition est ancienne ; on peut lire déjà chez Eusèbe de Césarée : « De tous ceux qui ont reçu l'onction de prêtre, roi et prophète, pas un ne possède cette vertu divine à un aussi haut degré que notre Seigneur Jésus. » Le fondement biblique de cette affirmation est attesté. En effet, l'onction est le point commun entre ces trois titres : le prêtre, le roi et le prophète la reçoivent tous trois dans la Bible. Cette triple fonction n'est d'ailleurs pas l'apanage de la seule hiérarchie : tout croyant y est associé en vertu de son sacerdoce baptismal. « Les fidèles du Christ qui sont incorporés à lui par le baptême participent à leur manière de la fonction sacerdotale, prophétique et royale du Christ et sont appelés à exercer, eux aussi, la mission que Dieu a confiée à l'Église pour qu'elle l'accomplisse dans le monde », précise le Droit canonique.
En outre, ces trois fonctions ne peuvent jamais être séparées : elles s'exercent conjointement. Comme ce fut le cas dans la personne du Christ, ce ministère constitue une sorte de trinité. Il détermine les trois conditions nécessaires pour se mettre à la suite du Christ : renoncer à notre vouloir, afin de suivre la voix du Pasteur qui nous guide vers les pâturages de son Royaume ; renoncer à notre savoir pour être illuminé par l'enseignement du Docteur qui ouvre nos esprits à la vérité tout entière ; renoncer à notre pouvoir, pour devenir des instruments privilégiés entre les mains du Consécrateur qui vient changer la face du monde. Il n'est d'autre vouloir que celui du Christ – le Roi de l'univers –, d'autre savoir que celui du Christ – le Prophète par excellence –, d'autre pouvoir que celui du Christ – le Prêtre souverain élevé à la droite de Dieu.
Mais revenons plus particulièrement à la fonction de pasteur, puisque c'est elle qui est mise en exergue dans les textes de ce jour. Que Pierre soit la figure du premier successeur de Jésus, en tant que pasteur, cela nous est montré par le fait que « sa parole touche le cœur de ceux qu'il exhortait », comme l'affirme le Livre des Actes des Apôtres que nous venons d'entendre. « Il marche à la tête de ses brebis et celles-ci le suivent, car elles connaissent sa voix » (Jn 10,3), ajoutait saint Jean à l'instant. Après avoir entendu cette voix, ils sont plus de trois mille, ce jour-là, à recevoir le baptême. Et puisque le rôle du pasteur est de rassembler son troupeau, notons un détail intéressant au sujet de ce chiffre de 3000 énoncé par saint Luc. Une ancienne tradition juive voulait en effet que celui qui se mettait à la suite d'un rabbi s'efforce, à son tour, de joindre au moins six nouveaux disciples à sa cause. Les apôtres étaient douze : si chacun touche six nouvelles personnes, cela nous donne le nombre de 72. Et, justement, saint Luc nous spécifie que le Seigneur envoya soixante-douze disciples devant lui dans toutes les villes où lui-même devait aller. Ensuite, si chacun trouve à nouveau six adeptes du Seigneur, nous obtenons un total de 432, auxquels il faut ajouter les 72 déjà existants : ce qui totalise 504 nouveaux adhérents à la Vérité. Or, nous lisons, dans l'épître de saint Paul aux Corinthiens, que le Ressuscité apparut à plus de cinq cents frères à la fois. Et, si nous continuons sur la même lancée, 504 multiplié par 6 nous obtient le résultat étonnant de 3024, nombre confirmé par notre texte d'aujourd'hui, où l'on peut lire : « Plus de trois mille personnes reçurent le baptême ce jour-là » (Ac 2,41).
Je vous demande de me pardonner cette petite facétie. Évidemment, tout cela n'est pas à considérer sous l'angle de la rigueur mathématique, mais plutôt comme un signe de cette progression régulière du nombre des disciples, puisque le pasteur a pour mission de multiplier ses brebis, afin d'augmenter le nombre des élus et de veiller à ce que personne ne demeure étranger aux promesses du salut. « Pais mes brebis! » Et, les ayant multipliées par sa parole, le bon berger doit aussi conduire ses brebis, au-delà de la nuit, vers les célestes horizons d'où la lumière jaillira: « Le Seigneur est mon berger: je ne manque de rien. Sur des prés d'herbe fraîche, il me fait reposer. Il me mène vers les eaux tranquilles et me fait revivre; il me conduit par le juste chemin pour l'honneur de son nom » (Ps 22,1-3).
Pierre, le premier pasteur désigné par le Maître, est bien conscient de sa mission, à la fois lourde et magnifique. Lourde, bien sûr, puisqu'il a charge d'âmes et que le salut de ses nombreux enfants est placé entre ses mains. Cette même responsabilité pèsera sur les épaules de tous ceux qui, à sa suite, mettront la main à la charrue pour prolonger le sillon que Dieu est venu lui-même creuser au cœur de notre histoire. Mais cette gloire, qui est celle du Très-Haut, rejaillira aussi sur le visage de ceux qui s'efforcent d'en être les témoins, dans le brouillard qui nous environne et au milieu duquel l'humanité cherche son chemin, comme ce troupeau sans pasteur dont Jésus avait si grande compassion. Mais la différence entre le Fils de l'Homme et ceux qui reprennent son flambeau est que le Christ marche devant son troupeau. « Il marche en tête et ses brebis le suivent », commente saint Jean (Jn 10,4).
Le moine bénédictin qui a accompagné mes premières années dans la vie consacrée me disait un jour: « Le rôle d'un père spirituel n'est pas de cheminer devant son disciple: c'est la place du Christ; il n'est pas non plus de marcher à côté de lui: c'est la place de l'ange. Non, son rôle à lui est de rester derrière, afin de veiller sur les pas de celui qu'il s'efforce de guider vers le bien. » C'est d'ailleurs la place qu'occupent, la plupart du temps, les bergers que nous pouvons croiser dans nos montagnes. En marchant derrière leur troupeau, ils sont à même de le surveiller et de s'assurer qu'aucune tête de bétail ne vienne à s'égarer. Mais le Christ, lui, nous précède: il nous ouvre le chemin vers le Père et nous invite à suivre sa voix. C'est lui qui traverse le premier les ravins de la mort, afin d'en écarter les dangers qui nous menacent et qui, sans lui, nous engloutiraient sûrement. Il est d'ailleurs lui-même le chemin qui se profile devant nous; il est lui-même la porte qui s'ouvre pour notre salut. Il est notre chemin particulier, celui de chacun, avec ses hauts et ses bas, ses étapes et tout ce qu'il nous est donné de vivre, tandis que nous progressons à sa suite.
Le suivre, c'est renoncer à son propre vouloir. Se laisser guider vers cette heure ineffable où il se retournera et où nous le verrons face à face. « Si je traverse les ravins de la mort, je ne crains aucun mal, car il est avec moi: sa houlette me guide et me rassure. » Un autre bénédictin, Dom Paul Delatte, ancien abbé de Solesmes, est l'auteur de ces admirables paroles: « Je sais que la Providence composera ma mort; elle en tissera toutes les circonstances. Tout est posé de Dieu. Il y aura, dans ma mort, des caractères spéciaux, individuels, qui seront propres à ma mort et la distingueront de toute autre. Je mourrai à une heure donnée, à un âge défini, d'un accident, d'une maladie, dans des conditions intérieures et extérieures prévues par Dieu, voulues de lui; je mourrai d'une mort qui répondra à ma vie; mais je sais, à n'en point douter, que la physionomie de mon départ aura été dessinée par Dieu, définie par lui. C'est lui qui m'appellera, lorsqu'il jugera bon de le faire, et il appelle chacune de ses brebis par leur nom. » Saurons-nous faire silence pour entendre sa voix?
Je vous demande de me pardonner cette petite facétie. Évidemment, tout cela n'est pas à considérer sous l'angle de la rigueur mathématique, mais plutôt comme un signe de cette progression régulière du nombre des disciples, puisque le pasteur a pour mission de multiplier ses brebis, afin d'augmenter le nombre des élus et de veiller à ce que personne ne demeure étranger aux promesses du salut. «Pais mes brebis!» Et, les ayant multipliées par sa parole, le bon berger doit aussi conduire ses brebis, au-delà de la nuit, vers les célestes horizons d'où la lumière jaillira: «Le Seigneur est mon berger: je ne manque de rien. Sur des prés d'herbe fraîche, il me fait reposer. Il me mène vers les eaux trnquilles et me fait revivre; il me conduit par le juste chemin pour l'honneur de son nom» (Ps 22,1-3).
Pierre, le premier pasteur désigné par le Maître, est bien conscient de sa mission, à la fois lourde et magnifique. Lourde, bien sûr, puisqu'il a charge d'âmes et que le salut de ses nombreux enfants est placé entre ses mains. Cette même responsabilité pèsera sur les épaules de tous ceux qui, à sa suite, mettront la main à la charrue pour prolonger le sillon que Dieu est venu lui-même creuser au cœur de notre histoire. Mais cette gloire, qui est celle du Très-Haut, rejaillira aussi sur le visage de ceux qui s'efforcent d'en être les témoins, dans le brouillard qui nous environne et au milieu duquel l'humanité cherche son chemin, comme ce troupeau sans pasteur dont Jésus avait si grande compassion. Mais la différence entre le Fils de l'Homme et ceux qui reprennent son flambeau est que le Christ marche devant son troupeau. «Il marche en tête et ses brebis le suivent», commente saint Jean (Jn 10,4).
Le moine bénédictin qui a accompagné mes premières années dans la vie consacrée me disait un jour: «Le rôle d'un père spirituel n'est pas de cheminer devant son disciple: c'est la place du Christ; il n'est pas non plus de marcher à côté de lui: c'est la place de l'ange. Non, son rôle à lui est de rester derrière, afin de veiller sur les pas de celui qu'il s'efforce de guider vers le bien.» C'est d'ailleurs la place qu'occupent, la plupart du temps, les bergers que nous pouvons croiser dans nos montagnes. En marchant derrière leur troupeau, ils sont à même de le surveiller et de s'assurer qu'aucune tête de bétail ne vienne à s'égarer. Mais le Christ, lui, nous précède: il nous ouvre le chemin vers le Père et nous invite à suivre sa voix. C'est lui qui traverse le premier les ravins de la mort, afin d'en écarter les dangers qui nous menacent et qui, sans lui, nous engloutiraient sûrement. Il est d'ailleurs lui-même le chemin qui se profile devant nous; il est lui-même la porte qui s'ouvre pour notre salut. Il est notre chemin particulier, celui de chacun, avec ses hauts et ses bas, ses étapes et tout ce qu'il nous est donné de vivre, tandis que nous progressons à sa suite.
Le suivre, c'est renoncer à son propre vouloir. Se laisser guider vers cette heure ineffable où il se retournera et où nous le verrons face à face. «Si je traverse les ravins de la mort, je ne crains aucun mal, car il est avec moi: sa houlette me guide et me rassure.» Un autre bénédictin, Dom Paul Delatte, ancien abbé de Solesmes, est l'auteur de ces admirables paroles: «Je sais que la Providence composera ma mort; elle en tissera toutes les circonstances. Tout est posé de Dieu. Il y aura, dans ma mort, des caractères spéciaux, individuels, qui seront propres à ma mort et la distingueront de toute autre. Je mourrai à une heure donnée, à un âge défini, d'un accident, d'une maladie, dans des conditions intérieures et extérieures prévues par Dieu, voulues de lui; je mourrai d'une mort qui répondra à ma vie; mais je sais, à n'en point douter, que la physionomie de mon départ aura été dessinée par Dieu, définie par lui. C'est lui qui m'appellera, lorsqu'il jugera bon de le faire, et il appelle chacune de ses brebis par leur nom.» Saurons-nous faire silence pour entendre sa voix?