L’admiration, un instant qui demeure

  • Fr. Guy

À propos du livre d’Hélène Vignal

Hélène Vignal. Admirer, qu’est-ce que ça change ? Éditions Labor et Fides 2026, 97 pages

Un petit livre à ma petite mesure édité par une maison genevoise en qui j’ai confiance. Depuis des décennies « Labor et Fides » s’impose dans notre paysage littéraire d’inspiration chrétienne par son sérieux et son intérêt.

L’auteure qui se fait appeler « autrice » publie son fascicule dans la collection : « Qu’est-ce que ça change ? ».

Hélène Vignal m’est totalement inconnue. Mais, comme je viens de l’écrire, je fais confiance à son éditeur et au thème qu’elle a choisi : une admiration qui remonte à ses 16 ans.

Plus précisément, l’autrice nous dit que ce texte est né une nuit d’orage. Dans les pages qui précèdent, elle nous dit comment elle s’y est prise pour sauver seule la maison de l’inondation.

Malgré tout, une question subsiste à laquelle je ne puis répondre pour l’instant. Ce livre est-il un roman ou une autobiographie ?

Probablement relève-t-il des deux genres.


L’héroïne vit dans une solitude étouffante, avec des parents engagés dans une secte dangereuse. Ce groupe, distinct des « gens ordinaires », prétend s’ouvrir sur le spirituel.

Une supercherie criminelle rejetée par cette adolescente confinée dans le silence familial.

Comment va-t-elle s’en sortir ? La suite de la lecture pourrait nous le faire savoir.

Il faudra attendre la lecture de la première moitié du livre pour voir apparaître le verbe « admirer » qui en est l’objet.

C’est Edmond Kaiser, fondateur de « Terre des Hommes », qui fascine à ce point notre auteure. On peut s’en étonner. Mais c’est ainsi. J’imagine que cet agent humanitaire représente ou remplace le père que notre auteure n’a pas vraiment connu.

Elle se méfie de l’admiration, mère du ravissement qui nous aliène et nous défait de nous-mêmes.

Parvenu à lire la moitié de son livre, je cite ses propos étonnants que j’ai hâte de voir confirmer ou infirmer dans la seconde partie de son œuvre :

« J’avais donc signé avec moi un pacte buté : je n’admirerai jamais personne, tous des faussaires. Mais il y eut la voix, les mots d’Edmond Kaiser, surgis dans une cuisine une fin d’après-midi d’automne. »

Une correspondance postale prend forme entre Kaiser et l’adolescente. Celle-ci souhaiterait qu’elle fût plus abondante de la part de son correspondant.

Malgré tout, elle avoue qu’elle existe pour quelqu’un et qu’elle s’identifie à lui.

Mais attention ! L’emballement est la première étape du ligotage par un ruban rosé.


Plus je m’approche de la fin du livre, plus disparaît Edmond. Affaire à suivre et à finir.

Il est vrai que le personnage a grandi depuis son premier engouement.

En fait, Edmond réapparaît dans les rêves sous l’habit d’un justicier qui demande des comptes à la génération Mai 68 qui a violé et tué des enfants.

Depuis sa mort en l’an 2000, Kaiser, oublié, disparaît de l’horizon de l’autrice. Un sort qui est une qualification.

La vraie admiration ne dure qu’un instant. Mais inconsciemment elle construit l’être intérieur de l’admirateur ou admiratrice.

Sans même qu’ils soient lus ou prononcés, le nom, les livres, les mots, le courrier d’Edmond Kaiser continuent d’être la source du comportement et des activités de l’héroïne.

C’est sans doute un des objectifs de l’autrice.

Son récit en est la démonstration.

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