La paix des ruches

  • Fr. Guy

Une réflexion lucide sur l’amour et la condition féminine

Alice Rivaz, La paix des ruches, deuxième édition chez Zoé, 2022, 140 pages, préfacée par Mona Chollet.

La première édition a paru chez Luf en 1947, deux ans avant la publication du Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir.

Je ne me serais jamais procuré ce livre si une animatrice du Foyer du Vallon ne nous avait pas parlé de cette importante découverte. Le nom de l’auteure est un pseudonyme, Alice s’appelait Golay avant de devenir une Rivaz, par discrétion d’auteure peut-être ?

« Je crois que je n’aime plus mon mari. » Ce sont les premières lignes du récit qui étonneraient tous les amis d’Alice Rivaz s’ils la connaissaient bien. En fait, c’est un livre écrit pour les femmes, sans oublier les hommes qui les observent et qu’elles aiment aussi. L’auteure est déconcertante, elle veut être vraie, mais passe très vite de l’accusation à l’amour, malgré tout.

Je le savais déjà, mais l’auteure me rappelle les humiliations, les contraintes, les mépris, les oublis auxquels les femmes doivent faire face. Ce catalogue de mépris m’indigne. Dans ce combat pour la dignité et la justice interviennent souvent les amies avec leurs bons et mauvais conseils. Cette intervention fait aussi partie du débat.

Un débat éternel quand il porte sur l’amour.

« Nous ne pouvons rien effacer ; nos souffrances, nos joies s’ajoutent les unes aux autres. Elles ne s’annulent pas, elles s’additionnent, traçant ces cercles concentriques autour du noyau de notre être. Ainsi nos amours. Il n’en est point qui puissent vraiment mourir une fois nés, ils continuent leur vie en nous. Même si nous ne le savons pas. » (p. 33)

Je laisse les lecteurs et les lectrices de ce livre avec cette déclaration. Il se pourrait qu’ils la partagent aussi.

J’ajoute que ce livre est finement écrit. Il fait honneur à la littérature romande, souvent ignorée ou méprisée. J’applaudis cette réédition dont le contenu est si conforme à la réalité que nous vivons encore.

William Blake, « Pitié », 1795. Domaine public.