La Fraternité Saint-Dominique à Genève reçoit des représentants de la Communauté yéniche

Avec Aude Morisod, laïque dominicaine et agente pastorale

Le samedi 5 février 2022, la Fraternité Saint-Dominique à Genève, lors de sa réunion mensuelle, a eu la joie de recevoir des représentants de la communauté Yéniche, Mr et Mme Gerzner, accompagnés de leur fille.

La rencontre s’est ouverte avec une prière de la Communauté des Yéniche, (voir à la fin de l’article), puis Mme Aude Morisod, laïque dominicaine et agente pastorale, coordinatrice de l’Aumônerie catholique suisse des gens du voyage les a brièvement présentés. Elle a rappelé l’historique de la Communauté et a décrit leur mode de vie nomade si mal connu du public. La reconnaissance de leurs droits civiques est récente, et encore insuffisante, les difficultés rencontrées tous les jours sont nombreuses.

Cette Communauté profondément croyante partage en famille ses joies et ses problèmes, personne n’est mis de côté. Un pèlerinage à Einsiedeln réunit annuellement tous ses membres qui se retrouvent venant de toutes les régions de la Suisse. Il y a environ 50000 Yéniches en Suisse, l’équivalent de la population d’un petit canton.

La projection du reportage vidéo de l’émission TV « Faut pas croire » a aidé l’ensemble des participants à entrer dans une réalité méconnue.

Une discussion animée s’est engagée ensuite entre les participants et les visiteurs de la réunion. Elle a fait ressortir l’ignorance du public en ce qui concerne les gens du voyage, appelés aussi Tsiganes, Roms, Manouches, etc. Chacun des groupes a des provenances différentes et il y a de grandes différences entre eux.

Les membres de la Communauté yéniche sont des ressortissants suisses, un peuple de nomades qui gagne sa vie en travaillant en se déplaçant. Beaucoup de métiers sont représentés parmi eux : des vanniers, des ferblantiers, des menuisiers, etc. Ils desservent un réseau de clients à travers la Suisse, des clients qui préfèrent réparer leur bien au lieu de le jeter! Le problème majeur des Yéniches actuellement est de trouver une place de parking pour leurs caravanes (ils se déplacent généralement par groupes de 15 à 20 caravanes) comprenant un accès à l’eau et à l’électricité.  Quelques communes leur réservent une place aux dates de leur arrivée mais ce n’est pas le cas partout.

Pro Juventute, créé en 1912 par la Société suisse d’utilité publique, a procédé depuis 1926 au placement forcé des enfants de la route et a eu une politique qu’on peut qualifier de génocidaire. Ceci a pris fin en 1973 seulement. Ce n’est qu’en 1998 que les Yéniches ont obtenu la reconnaissance de la Suisse comme minorité nationale. Notre Invité se rappelle de ce moment, « j’étais reconnu comme homme, comme un être humain ayant les mêmes droits que mes concitoyens. J’avais le droit de me sentir être une personne. Avoir des droits – c’était si incroyable, il a fallu que je m’y habitue».

Il est étonnant que nous connaissions si peu cette communauté yéniche, alors que son histoire et sa culture constituent une des richesses culturelles de la Suisse.

Emus par la simplicité de la Famille Gerzner, par le partage de leur histoire douloureuse ainsi que par la description de leur façon de vivre et la confiance qu’ils nous ont témoignée, les

membres de la Fraternité leur ont exprimé leur reconnaissance et leurs remerciements.

Un grand merci à Aude Morisod pour avoir fait connaître cet aspect de l’apostolat de l’Eglise aux membres de la Fraternité Saint Dominique à Genève.

 

Une prière de la Communauté Yéniche :

Merci à toi Seigneur de m’avoir créée nomade

Merci à toi Seigneur de m’avoir donné la liberté

Merci à toi Seigneur de me permettre de voyager

Merci à toi Seigneur de m’avoir donné 

l’esprit de famille, de communauté

 

Oui merci Seigneur, 

même si l’on se fait parfois rejeter, mépriser…

Toi aussi Seigneur tu as voyagé,

Toi aussi tu as été méprisé 

et toi aussi tu n’as rien regretté

Car sur ta route, Seigneur, 

tu as rencontré des personnes que tu as aimées

Des gens dans la souffrance 

que tu as aidés,

Par les enseignements que tu leur as donnés 

et par les miracles que tu as accomplis

 

Oui Seigneur si tu étais resté, 

tout cela ne serait pas passé

Et c’était parce que tu étais nomade 

ô mon doux Jésus

Que nos routes se sont croisées

Alors je te dis merci Seigneur, 

oui merci de m’aimer

 

Et merci de m’avoir permis de t’aimer toi,

Le plus grand de tous les Voyageurs.

Amen.

​​​​Sylvie Gerzner

 

 

Publications :

Yéniches, les derniers nomades d’Europe, Christian Bader, 2007, Éditions L'Harmattan

"Kindwegnahmen : das Hilfswerk für die Kinder der Landstrasse", Sara Galle

Rapport d'Evelyn von Steffens

Aude Morisod (photo : la rédaction)