Faire feu de tout bois

Homélie du frère Philippe-Emmanuel Rausis pour la solennité de la Pentecôte

Ac 2,1-11 / Ps 103 / Rm 8,8-17 / Jn 14,15-26

Voilà si longtemps que je la recherchais, cette comparaison capable d'englober tous les éléments de ce qu'elle prétend signifier. Cette sublime métaphore, capable d'exprimer, de manière simple et claire, la relation qui doit s'établir, en chacun de nous, entre l'amour divin et l'amour humain. Oui, je sais, c'est un sujet dont je parle souvent, au risque peut-être de vous lasser. J'en parlais encore dimanche dernier. Mais, outre le fait que ce soit le thème sur lequel je suis en train de plancher, il se trouve que c'est véritablement le sujet de tout chrétien et, sans doute aussi, celui de tout être humain : cette relation qui doit s'établir, en nous, entre le ciel et la terre, entre l'amour humain et l'amour divin.

En plus, c'est le sujet de cette fête d'aujourd'hui : l'Esprit arrive...! Il veut nous enflammer, comme il a enflammé autrefois les apôtres réunis au Cénacle. Et à cette heure-là, chacun d'eux était, en puissance, comme la Vierge Marie qui se trouvait au milieu d'eux : la Vierge Marie qui figure la pleine disposition de l'amour humain à recevoir le feu de l'amour divin. Afin que tout soit transfiguré ; afin que se produise – en nous comme en elle – le mystère de la présence de ce Christ incarné, qui prend possession de nous, qui prend notre place, sans pourtant nous en chasser, ne faisant plus qu'un avec nous. Oui, en vérité, c'est bien cette épiclèse sur le monde et sur nous que nous demandons aujourd'hui.

Je disais donc que je l'ai longtemps cherchée, cette « métaphore vive » – comme dirait Paul Ricœur –, cette icône de la rencontre par excellence : celle de l'amour humain et de l'amour divin, préfigurée d'ailleurs par la rencontre inoubliable que nous venons de célébrer, celle de Marie et de sa cousine Élisabeth. Et cette métaphore tant recherchée, tant attendue, l'Esprit me l'a montrée, au point du jour, durant cette septième semaine du temps pascal, alors que je commençais à penser à ce que j'allais vous dire aujourd'hui. Elle est toute simple, vous verrez, mais elle est si parlante ! Et, puisque tous les enseignements se trouvent dans la nature, elle tient en deux éléments tirés de la nature : le feu et le bois. Et, s'il fallait la nommer, je le ferais en une seule phrase : « Dieu fait feu de tout bois... ! » Oui, tel est son art sacré, tel est son sacerdoce saint, tel son combat pour la victoire de la lumière ; tel est le fin mot de ces secrètes alchimies qu'il veut mener à terme, dans l'athanor de notre âme embrasée.

En ce jour de fête solennelle, penchons-nous sur cette image, si riche et pleine d'enseignements, sur cette figure symbolique qui résume, à elle seule, la totalité du Mystère chrétien que nous sommes appelés à vivre, au plus secret de notre être. Le bois, c'est la vie, c'est ce qui reçoit la sève généreuse ; ce qui, en nous, cherche à atteindre sa pleine stature. Dans toute la littérature religieuse, le bois est l'instrument même du salut. Et nous sommes faits de ce bois-là. Dans notre métaphore, ce bois n'est rien d'autre que l'amour humain : la vitalité du Créateur et de son Saint Désir qui se manifeste en nous ; qui nous a été donnée sous la forme d'une graine insignifiante, afin que nous la confiions à la mémoire de la terre, pour qu'elle puisse se fortifier, atteindre sa pleine maturité, et, en jouant avec tous les vents de l'Esprit, se nourrir des bienfaits du soleil, qui lui procure son énergie, et de la pluie, qui l'inonde de sa grâce. Ce bois, en fait, c'est l'éros, le bienheureux éros, en sa naïveté, en son désir de toucher ce ciel qui se penche sur lui et qui lui sourit. L'éros appelé à s'épanouir, pour donner de belles fleurs et de bons fruits, comme au jardin du paradis.

Quant au feu – celui que l'on attend, en ce jour lumineux – il est le feu de l'Esprit, le feu de l'amour divin : celui de l'agapé. Et ce mystère inouï que nous sommes destinés à vivre, au cœur de cet incendie de grâce que nous invoquons et que nous célébrons ; cet incendie que nous attendons, bien que nous y soyons déjà plongés, est celui d'un total embrasement. Le mystère des mystères qui échappe à notre entendement et nous remplit de crainte : car ce feu, béni et sanctificateur, vient consumer notre bois bien-aimé, et le consumer jusqu'en ses ultimes brindilles. Comme dans le sacrifice offert par Élie : rien ne lui résiste... !

Or, voici la première leçon, peut-être la plus fondamentale : sans bois, il n'y aurait point de feu. Sans amour humain, l'amour divin n'aurait prise sur rien. C'est comme le vin des noces de Cana qui ne peut résulter que de l'eau de l'amour humain, transformée en nectar de l'amour divin. Et cependant, dans cette fournaise spirituelle, le bois transfiguré cessera d'être du bois... pour devenir de la lumière. Tout est là : l'amour humain est ce qu'il y a de plus beau, de plus vital, de plus précieux, de plus louable et de plus respectable en nous. Mais cet amour humain devra entrer dans un processus de lente transfiguration que seul le feu divin pourra lui apporter. Voici la seconde leçon.

Mais, redisons-le encore : ce feu de l'Esprit qui veut se propager en nos vies ne pourra le faire que s'il trouve en nous ce combustible que nous mettons à sa disposition, lorsque nous décidons de tourner nos amours humaines vers le ciel d'où, tôt ou tard, tombera le feu vivificateur ; ce combustible, que la nature nous a donné, ce bois poli par les années, est le premier don du Créateur, à l'heure de nous appeler à la vie. Nous en sommes tissés : c'est en nos membres qu'il a grandi, c'est en notre cœur que bat son cœur, c'est sous son écorce que se cache tout ce qui touche, en nous, au plus intime. Ses frissons sont les nôtres ; sa vie est celle qui abreuve nos sillons, parcourt nos veines et secoue nos racines.

Alors – si vous le voulez bien –, cessons de nous préoccuper des défauts de ce bois dont nous sommes faits, parce que nous y rencontrons des nœuds, des taches, des fissures, des imperfections ; parce que nos branches, si souvent, sont tordues ou rabougries ; ou parce qu'elles furent cassées par ces tempêtes que nous avons peut-être connues ; ou peut-être parce qu'elles sont desséchées ; cessons nos jérémiades et nos lamentations, parce qu'elles n'ont pas porté le fruit, la fleur, voire même la feuille que nous aurions espérés. Ne perdons plus notre temps à nous préoccuper de tout cela ! À courir après ces marchands de bonheur qui nous saoulent avec leur soi-disant perfection, ces jardiniers de l'insignifiance qui se targuent de redresser nos troncs, de colmater leurs blessures ou d'y greffer, Dieu sait quel remède miracle, afin de nous permettre de nous identifier à une image qu'ils ont inventée et qui n'est certainement pas celle que Dieu est venu graver en ce bois tendre dont nous sommes sculptés.

Faisons foin de tout cela ! L'Esprit est venu nous libérer. Alors tout ce bois qui est nôtre, tout ce bois mort – ou destiné à mourir –, tout ce que nous croyions posséder pour toujours et dont, peu à peu, les saisons nous dépouillent, jetons-le joyeusement au feu vif de l'amour divin. Et, ensuite, dansons, dénudés de toute apparence, à la lueur de sa flamme. C'est tout ce qui nous est demandé ! Et lui, l'Esprit de feu, par des voies qui nous sont inconnues, fera de nous un être neuf, un être de lumière où rien n'aura été perdu, mais où tout prendra une forme nouvelle, insoupçonnée, prévue par Dieu depuis la fondation du monde.

Oui, n'ayons crainte de rien, puisqu'en vérité, « Dieu fait feu de tout bois... ! » Il n'est rien, en nous, qu'il ne soit capable d'enflammer, rien qui puisse résister à l'emprise de son amour ; rien, sinon notre refus d'entrer dans ce foyer ardent, là où les élus se réchauffent, où ils sont éclairés : dans la splendeur d'une tendresse qui efface toute distinction entre ce qui vient du ciel et ce qui vient de la terre. Qui fait feu de tout bois. Le règne de l'Esprit, où chacun de nous est attendu, avec sa brassée de bois mort et, dans le cœur, son désir d'aimer et d'être aimé.

Oui : « Viens, Esprit Saint ! Allume en nous le feu de ton amour... ! »

Riner (Lleida), Catalogne, Espagne. Retable de la chapelle du Saint-Sacrement du Sanctuaire du Miracle, 1530. Son attribution est généralement donnée au peintre portugais établi à Barcelone, Pere Nunyes. (Ce fichier est sous licence Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Spain. Il a été fourni sur Wikimédia par PMRMaeyaert.)