Amour envers les pauvres
- Fr. Guy
Pape Léon XIV. Dilexi te. Je t’ai aimé. Éditions Emmanuel, 2025. 101 pages.
Je me propose de lire par petites doses cette exhortation apostolique sur l’amour envers les pauvres. Elle est signée par le pape Léon XIV et préfacée par François Odinet, maître de conférences en théologie aux Facultés Loyola de Paris et aumônier général du Secours Catholique (Caritas France).
Le préfacier donne les grandes lignes et orientations de cet écrit. Une très large place est faite à la tradition de l’Église sur l’amour des pauvres. Suit un zoom sur la réalité et les exigences actuelles.
Cette exhortation reprend en fait un projet du pape François, complété par son successeur. Ce texte à deux mains ou à deux voix prolonge l’encyclique Dilexit nos du pape François. Il est un appel aux chrétiens de ce temps d’aimer les pauvres et de les servir. Autrement dit, mettre en œuvre la miséricorde du Christ, toujours attentive aux pauvres et aux petits.
Aux sources de cette exhortation, il y a la tendresse et l’affection de la femme qui a oint la tête de Jésus avant son couronnement d’épines. Jésus fait de ce geste un mémorial pour l’Église de tous les temps. Partout où l’Évangile sera prêché, on évoquera le geste tendre et prophétique de cette femme. L’amour des pauvres – il y en aura toujours parmi nous – est le plus sûr moyen de vivre avec Jésus. Tout geste fait envers les pauvres et les petits est aussi un geste fait envers lui.
Le deuxième préliminaire de cet écrit est l’évocation de François d’Assise. Son nom et sa vie (le baiser au lépreux) sont associés à un renouveau ecclésial. Le pape François, qui porte son nom, l’a bien compris : « N’oublie pas les pauvres ! » lui avait chuchoté un cardinal de ses amis après son élection au pontificat.
Le pape Léon, lui aussi, veut être sensible au « cri des pauvres ». Comme le Seigneur le fut, selon l’épisode du buisson ardent relaté au Livre de l’Exode. Ce cri est multiforme de nos jours : matériel, culturel et même spirituel. Les inégalités sont devenues plus subtiles. En même temps, s’accroît le nombre des privilégiés qui vivent dans une bulle, inconscients de la masse des pauvres qui les entourent. Il n’est pas possible à notre Église d’oublier les pauvres si elle veut se maintenir vivante à chaque étape de son histoire.
Le pape Léon remet à l’ordre du jour la célèbre formule de la conférence des évêques latinos de Puebla : « l’option préférentielle de Dieu pour les pauvres ». Il relit l’histoire biblique de ce choix, à commencer par l’Ancien Testament. Et le pape Léon de rappeler les paroles fortes des prophètes Amos et Isaïe contre l’injustice sociale commise par les membres aisés de l’Israël de leur temps.
Passant au Nouveau Testament, l’exhortation parle évidemment de Jésus, qui ne fit pas valoir le rang qui l’égalait à Dieu, mais assuma son rôle de serviteur de tous, de la crèche de Bethléem à la croix du Calvaire. Je retiens de ce passage que Jésus est non seulement le Messie pauvre, mais aussi le Messie des pauvres. Sa précarité et son exclusion signifient son abandon à la Providence du Père, toujours aux côtés des marginaux et des souffrants dont Jésus est l’image et le modèle. Selon Paul, Jésus nous enrichit de sa pauvreté.
Le lecteur de cette section consacrée à la pauvreté de Jésus fera son miel spirituel de tous les passages évangéliques cités, qui mettent en contexte Jésus et les pauvres de toutes catégories qu’il croise sur son chemin. Une lecture fort bienvenue en ce temps où l’argent est devenu roi et le profit idéologie universelle. J’en ai la conviction ces jours où Halloween infecte notre atmosphère en remplaçant la vénération des saints par le culte de l’argent. L’odeur de la bourse pue et pervertit les meilleurs sentiments.
Le troisième chapitre du livre est un long parcours de l’histoire de la charité dans l’Église. Les pauvres sont sa vraie richesse. L’exhortation cite à ce sujet les Pères de l’Église, et tout particulièrement Jean Chrysostome, que je relis avec plaisir dans ce contexte. Léon XIV rappelle aussi les multiples interventions d’hommes ou de femmes d’Église en faveur des pauvres : éducation, santé, aide aux captifs, accueil des migrants, etc. Une belle histoire qui n’a pas dit son dernier mot.
Le quatrième chapitre en donne quelques preuves. Le pape fait bien sûr allusion à la doctrine sociale de l’Église, qui a pris son essor avec Léon XIII, un prédécesseur dont il porte le nom et qu’il veut imiter.
Le cinquième chapitre, qui conclut l’ouvrage, est intitulé : « Un défi permanent » pour l’Église de ce temps. Donc du travail pour tous les bons samaritains inventifs et actifs d’aujourd’hui. L’amour des pauvres demeure une préoccupation majeure de notre Église, comme elle le fut déjà pour Jésus de Nazareth.
Rien de très inédit dans ce texte, penseront certains. Pourtant, cette exhortation nous rapprochera de ce nouveau pape que nous connaissons si peu, si ce n’est qu’il passa une bonne partie de sa vie au Pérou, au milieu des pauvres précisément. C’est là qu’il apprit à les aimer. C’est aussi là qu’il nous attend.